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Le chavarisme

Publié le 12 novembre, 2008 | Pas de commentaires
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Bon, je vais aujourd’hui compromettre mon avenir politique. Des gens plus tard seront payés pour retrouver ce petit texte et me le fouteront en pleine figure alors que je visiterai une scierie d’Amos en serrant des mains, quelque part en 2017. Ils diront « regardez ce pur dégénéré autoritaire, son plan mijote depuis 2008, c’est un maniaque! » Heureusement, je ferai déjà campagne en faveur de ces réformes, et leur couperai par conséquent l’herbe sous le pied.

La démocratie parlementaire est un concept surévalué, et quant à moi suranné. Créé par la bourgeoisie pour garantir ses intérêts propres. Mes études en histoire m’ont fait voyager, à travers le temps et les lieux, et j’y ai vu toutes sortes d’alternatives au système politique actuel. J’en suis revenu gaulliste impénitent. Disons gaulliste de forme, gauchiste de fond. En fait, disons que j’adhère à un gaullisme qui n’a jamais existé, qu’on a pas laissé faire. Que les partis, menacés dans leur existence même, ont tout fait pour contrecarrer. La démocratie directe. Tout par référendum, tout le temps. Budget? Référendum! Baisse d’impôts? Référendum! Prolongation d’autoroute? Référendum! Lait cru? Référendum! Prostitution? Référendum! On dirait une chanson de Gainsbourg. « Obsédé sexuel? Affirmatif! »

Au temps du général, le projet comportait de sérieux problèmes, de sérieuses entorses à la démocratie. Principalement au niveau du contrôle des médias, qui dans un contexte de démocratie directe sont responsables non seulement d’acheminer les propositions du pouvoir, mais surtout d’en exposer les tenants et les aboutissants. Il va de soi que les médias d’État deviennent soudainement infiniment plus suspects qu’ils ne le sont déjà.

Or maintenant que la révolution internetique est accomplie, ces préoccupations n’ont plus lieu d’être. À condition bien sûr que l’accès au réseau puisse être garanti à tous, ce qui ne saurait tarder. Je ne veux pas dire qu’internet est neutre, mais qu’il contient tout, pour le meilleur et pour le pire. En plus, il permettra aux citoyens de voter en ligne, ce qui ne saurait trop les effrayer, eux qui y ont déjà confié la quasi totalité de leur identité.

Donc exit les partis, ces monstres ventrus et satisfaits, désormais relégués au statut de lobbys politico-idéologiques, sans pouvoir concret. Les idées décloisonnées. Que le président, élu directement par les citoyens pour un mandat de cinq ans renouvelable, et ses ministres dont la nomination devra également faire l’objet d’une consultation populaire. Mise en place de commissions virtuelles permanentes où les citoyens acheminent eux-mêmes leurs griefs au pouvoir en place.

Si dans ce contexte le cynisme et le désengagement des citoyens persistent, c’est que nous sommes irrécupérables. Risque de dérive autoritaire? C’est déjà le cas, et c’est le dessein de la démocratie parlementaire que de mieux dissumuler sous des airs vertueux la domination d’une poignée régnante. Anarchie? Bien sûr, c’est dans notre nature d’exploser en myriades d’opinions divergentes, le bipartisme est une chimère où nos identités s’abîment.

Voilà exposé confusément ce en quoi consiste le chavarisme, qui au fond n’a rien de nouveau. Seulement le mérite de constater que désormais les outils sont en place qui peuvent garantir son bon fonctionnement.

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