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Élections au Québec : encore la droite?

Publié le 15 novembre, 2008 | Pas de commentaires
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Dans l’histoire politique et économique récente, la droite a consacré l’application de doctrines qui en 30 ans, nous ont tout droit conduit à la crise économique actuelle. Elle a consacré 30 ans de perte de pouvoir d’achat compensée par le crédit, 30 ans de mesures antisyndicales, 30 ans d’accroissement des écarts de richesse entre les plus nantis et les plus démunis.

Look Right
Gideo, Look Right, 2005
Certains droits réservés.

Les idées de droite expriment généralement la croyance que les forces du marché sont à même de générer le plus de richesse pour tous. C’est une foi aveugle parce que même les plus fervents défenseurs du libre marché savent que leur rhétorique est basée sur une utopie: un état de concurrence parfaite qui ne se réalisera jamais. Ou plutôt, comme ils se plaisent à le marteler, lorsque l’État aura été réduit à son seul rôle de policier.

Si les politiques néolibérales n’ont pas tenu leurs promesses, se défendait la droite jusqu’à récemment, c’est parce que l’économie n’est pas encore assez dérèglementée, libéralisée et privatisée. Avec la crise financière actuelle, le ton a changé.

Aux États-Unis, ce sont les républicains qui se sont le plus opposés au plan de sauvetage du système bancaire américain. Une intervention de l’État au cœur du marché financier, le plus pur, le plus parfait? Difficile à accepter! Heureusement pour le capitalisme, tant aux États-Unis qu’en Europe, les millionnaires ont été nombreux à vouloir sauver leurs derrières. Quoi de mieux pour ce faire que le hold-up du siècle? 700 milliards $US pris dans les poches des travailleurs américains; 1 700 milliards d’euros pris dans celles des travailleurs européens.

Ceux qui subissent les conséquences des politiques de droite ont un visage : ce sont ces trois millions de familles américaines qui ont été jetées à la rue l’an dernier(1); ce sont ces 800 millions d’êtres humains dans le monde qui, souffrant déjà de sous-alimentation chronique, subissent aujourd’hui les effets dévastateurs de la flambée des prix des denrées alimentaires(2); plus près de nous, ce sont ces 7 millions de Québécois et de Québécoises à qui André Pratte, dans son éditorial de La Presse du 13 novembre, demande une fois de plus de se serrer la ceinture.

Pour les porte-étendards de la droite, que la croissance économique au pays se porte pour le mieux ou que le spectre de la récession hante l’actualité, c’est toujours la même rengaine: austérité budgétaire, libéralisation et privatisation.

La droite n’a bien sûr pas le monopole de la pensée. Elle a toutefois le quasi-monopole de la parole. Parce que la droite, ce sont aussi des conglomérats médiatiques, des think tanks financés par des intérêts privés et un contrôle de l’arène parlementaire par des partis qui défendent une même vision de la société.

La droite a un visage politique. Dans les années 1980, elle s’appelait Thatcher, Reagan et Mulroney. Près des Québécois et des Québécoises, aujourd’hui, elle s’appelle Charest, Dumont et Marois. Différents partis pour de mêmes politiques de droite. Ceux qui restent à convaincre n’ont qu’à retourner à la devise nationale: «Je me souviens».

Je me souviens qu’après le référendum de 1995, nul parti n’a fait autant que le Parti Québécois pour mettre la province au diapason du néolibéralisme. Prenant prétexte de menaces provenant des marchés financiers, Lucien Bouchard et son équipe ont fait subir au Québec les plus grandes coupures des deux dernières décennies en matière de santé, d’éducation et de sécurité sociale. Durant les deux mandats de la dernière gouverne péquiste, Pauline Marois, aujourd’hui chef du parti, occupa successivement les postes de ministre des Finances et ministre du Revenu (1995-1996), ministre de l’Éducation (1996-1998) et ministre de la Santé et des Services sociaux (1998-2001).

En 2003, Jean Charest gagnait les élections sur le thème de la santé, le système de santé public ne s’étant jamais remis du virage ambulatoire réalisé par le PQ. On peut dire de même de ce qui restait de l’aile gauche du parti, qui elle non plus ne s’est jamais remise du virage à droite des péquistes. Qu’on ne s’étonne pas que, devant la victoire de Charest et la surprise causée par l’ADQ, les péquistes aient été nombreux au lendemain de ces élections à demander à ce que le PQ abandonne son discours social-démocrate.

Qu’on ne s’étonne pas davantage que les progressistes du parti, marginalisés, aient été obligés de se regrouper sous la bannière du SPQ Libre pour se faire à nouveau entendre, si faiblement soit-il. Et qu’on s’étonne encore moins que l’une des priorités du chef qui a précédé Mme Marois ait été de «soulager le capital» et de faire du Québec «l’endroit au monde où le capital est le mieux accueilli possible»(3).

Qu’on la dise bourgeoise et snob ou sociale-démocrate et près des gens, Pauline Marois est aujourd’hui à la tête d’un parti qui refuse le débat d’idées auxquelles les électeurs ont droit. Le refus des trois partis parlementaires d’admettre Québec Solidaire et le Parti Vert lors du débat télévisé lance un message clair à ceux qui voudraient débattre d’idées alternatives.

Le temps est venu de redéfinir ce qu’est un vote stratégique. Devant les trois programmes de droite, votons pour la gauche. C’est l’unique moyen pour qu’elle acquière le droit de parole qui lui revient.

Notes

(1) Joyce Napier et Bruno Bonamigo, Rêve brisé, Reportage de Radio-Canada, 31 octobre 2007. En ligne: <www.radio-canada.ca/actualité/v2/tj22h/archive113_200710.shtml# >. Consulté le 13 novembre 2008.
(2) Omer Moussaly, «La crise alimentaire mondiale, Malthus ou Marx?», Le Panoptique, no.34, août 2008.
(3) André Boisclair, cité dans Antoine Robitaille, «Il faut soulager le capital – La gauche péquiste dénonce les propos d’André Boisclair», Le Devoir,7 octobre 2006.

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