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La flamme politique

Publié le 15 avril, 2008 | Pas de commentaires
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Les journaux télévisés montrent des images de manifestants lançant des ballons d’eau sur la flamme olympique à San Francisco, tentant de l’éteindre à Paris et à Londres. La bonne conscience occidentale a trouvé un catalyseur pour son trop plein de libéralisme: le gouvernement chinois. Il ne suffit plus d’appuyer les Tibétains dans leur lutte, il s’agit maintenant d’humilier le gouvernement chinois qui tente par tous les moyens de se servir des Jeux comme d’une vitrine propagandiste.

 Oppression
Frédérique Ulman-Gagné, Oppression, 2008
(avec la permission de l’artiste)
Tous droits réservés.©

Le régime chinois est l’un des plus répressifs au monde. Les condamnations à mort, entre autres, y sont, toutes proportions gardées, les plus nombreuses. La répression de la liberté d’expression est monnaie courante, et les actions historiques du gouvernement chinois contre la population tibétaine déclenchent un vif sentiment d’indignation. Doit-on se servir des Jeux pour exprimer dégoût et désapprobation? Sans aucun doute. Mais peut-être devrions-nous aussi boycotter les Jeux de 2010 à Vancouver pour protester contre l’oppression historique des peuples autochtones par le gouvernement du Canada, peut-être aurions-nous dû manifester aux Jeux de Salt Lake City pour dénoncer l’impérialisme américain qui chaque jour tue, peut-être devrons-nous boycotter les Jeux de 2014 à Sotchi en Russie pour dénoncer le massacre des Tchétchènes et le bâillonnement de l’opposition politique.

Quant à la bonne conscience occidentale, elle ferait bien de se retourner un peu sur elle-même. Les élans de libéralisme sont d’une hypocrisie crasse lorsqu’ils présentent «notre modèle» comme indépassable et parfait, alors qu’en filigrane un racisme latent et une peur de la compétition chinoise et asiatique font trembler le confort impérialiste. La démocratie libérale par excellence, celle des États-Unis, n’a aucune leçon à donner en termes de peine de mort, de liberté d’expression et de politique étrangère. L’attitude ambigüe de nos élites est déplorable. D’un coté, la Chine économique fait rêver tous les avides de profits et de parts de marché, jusqu’à ce que la Chine se mette à menacer la position dominante des vieilles puissances capitalistes, et de l’autre, la Chine politique donne des nausées aux bonnes consciences libérales qui se consolent dans le mythe d’une ouverture économique qui devrait mener à l’ouverture politique.

Le régime chinois est un nouveau joueur dans l’oppression mondiale, ne mentionnons que son rôle délétère dans le conflit au Darfour. Et espérons que la vague de soutien au peuple tibétain ne s’évanouira pas avec la fin des Jeux. Mais que tous les libéraux de ce monde ne s’avisent pas de minimiser le rôle de nos États soi-disant libres dans cette oppression mondiale. À bas le régime chinois, à bas l’hypocrisie occidentale.

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