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L’Homo Politicus ou du pareil au même

Publié le 1 décembre, 2006 | Pas de commentaires
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 Cirque de Pinder 7
Nicolas, Cirque de Pinder 7, 2006
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On entend souvent dire qu’il faut cesser le cynisme à outrance face à la politique, qu’il est nécessaire de croire en nos politiciens – ou du moins à certains d’entre eux–, pour s’impliquer en tant que citoyen. La politique ne serait pas qu’un grand spectacle médiatique creux où les candidats font des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir. Non, en ce sens, le rejet de l’univers des politiciens serait une attitude antidémocratique, niaise et infantile.

Si l’idée n’est pas exempte de bravoure, il convient toutefois de reconnaître la difficulté de la tâche, et ce, particulièrement à la lumière des récentes élections américaines de mi-mandat.
Bien sûr, les résultats de ces élections – la défaite généralisée de la droite dure religieuse, la démission du Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et la prise de pouvoir des démocrates au Congrès – ont de quoi réjouir toute personne un tant soit peu sensée et donnent envie de croire que le discernement l’emporte parfois sur les sentiments et le délire. Ceci dit, en regardant au-delà du résultat final, en s’attardant à certains « détails » des différentes campagnes électorales, on en vient irrémédiablement à recommencer à douter de l’Homo Politicus, surtout quand le chemin de ce dernier croise celui de l’Ambition et de la Gloire.

Prenons l’annonce de la condamnation à mort de l’ancien dictateur irakien, Saddam Hussein, qui arrive, ô surprise, deux jours avant des élections bien mal engagées pour les républicains en grande difficulté dans les sondages. Et le président Bush de se féliciter du retour de la démocratie dans un pays, en pleine guerre civile certes, mais où les procès peuvent enfin se dérouler en toute justice, si tant est que le verdict coïncide avec les intérêts politiques électoraux d’un pays étranger. Pour la démocratie et la justice, on repassera! Bien évidemment, l’administration Bush n’en est pas à son premier coup d’éclat en matière de récupération politique. Faut-il rappeler les faux documents sur les prétendues armes de destruction massive, le déni des rapports des groupes d’enquêteurs des Nations Unies (Hans Blix en tête) et l’extraordinaire affabulation d’un soi-disant lien entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden? Seulement sur ce point, il y aurait matière à être définitivement dégoûté de la politique

Soit, M. Bush et ses acolytes ne sont pas des gens recommandables et font bien piètre publicité au métier de politicien. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille rejeter l’ensemble de la profession. Ce n’est pas parce qu’on tombe sur une pomme pourrie que tout le panier doit être balancé.

Sauf que, de l’autre côté, chez les preux et vertueux démocrates, ça ne vole pas très haut non plus. En témoigne, cette campagne de « dénonciation » de quelques éléments de l’aile religieuse dure du parti républicain, et plus particulièrement des affaires Foley(1) et Haggard(2). Là aussi, la coïncidence de l’éclosion publique de ces affaires de mœurs avec la proximité d’élections d’importance ne peut être interprétée de mille manières. Et que dire des messages télévisés de candidats (des deux côtés) dont l’agressivité, la bassesse et l’absence totale de programme politique rivalisent d’ingéniosité.

Dans un excellent article du Harper’s du mois de novembre 2006 sur Barack Obama – jeune démocrate au charisme dévastateur et au discours progressiste, star montante et futur présidentiable –, le journaliste Ken Silverstein nous montre comment celui dont le discours se veut pourtant très différent (à un point tel qu’il donne envie de croire à la politique à nouveau) ne se distingue pas vraiment de ses collègues lorsqu’on se penche sur la machine financière qui soutient sa carrière politique. Des entreprises privées appuient pécuniairement le candidat en échange d’un soutien en Chambre lorsqu’il s’agit de voter pour des lois qui les touchent, et ce, aux dépens des intérêts du public s’il le faut.

Si, même ceux qui sont censés représenter le changement ne se différencient pas des autres, il devient plus difficile encore de ne pas regarder le cirque politique comme une grosse plaisanterie vouée à satisfaire l’ego démesuré de quelques élus. Dès lors, ce n’est pas de céder au cynisme qui est facile, mais c’est de lui résister qui est ardu. Nous n’ignorons pas que l’attitude cynique n’est pas très constructive et qu’elle ne nous avance pas beaucoup dans une quelconque réflexion. Toutefois, ce serait tout autant se mettre des œillères que de nier que ce sont des faits tangibles et avérés qui nous poussent à rejeter en bloc la politique. Sans bien évidemment aller jusque-là (un comble pour une revue d’actualité internationale où la politique est un objet central), il convient plutôt d’adopter une attitude critique et de demeurer vigilant.

Notes

1 Républicain, grand défenseur des valeurs familiales et en guerre contre la pédophilie, pris dans un scandale disant qu’il aurait clavardé avec des adolescents, leur proposant des choses «pas très catholiques»…
2 Pasteur évangéliste à succès, très proche de la Maison Blanche et contre le mariage gay, a avoué avoir utilisé les services d’un male escort (soi-disant uniquement pour un massage) et avoir acheté du cristal meth (qu’il aurait jeté immédiatement).

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