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SIDA

Publié le 1 décembre, 2007 | Pas de commentaires
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Le 1er décembre est la journée mondiale de la lutte contre le SIDA. S’il semble que le SIDA occupe une place moins importante dans la conscience collective occidentale depuis quelques années, il est impératif de rappeler que cette maladie est loin d’être en régression, surtout au plan international.

Plan rapproché crème de tissu
Richie, Diesterheft, Plan rapproché
crème de tissu
, 2006
Certains droits réservés.

On parle de moins en moins du SIDA dans les pays occidentaux. L’avènement de nouveaux traitements, tel les trithérapies rétrovirales, fait partie des facteurs qui ont contribué à réduire la place qu’occupe la lutte au SIDA dans les médias et dans l’espace public. En fait, selon ONUSIDA, le taux de séropositivité se serait stabilisé en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord au cours des quelques dernières années1. Il est toutefois important de noter qu’il n’existe aucun vaccin permettant d’éradiquer le virus. Les avancées en terme de traitement se situent plutôt au plan du ralentissement de la prolifération du VIH dans l’organisme. De plus, une stabilisation du taux de séropositivité ne signifie pas qu’il n’y a pas de nouvelles infections, mais bien plutôt que le taux de contamination n’est plus en hausse, ce qui nous laisse néanmoins, en Amérique du Nord seulement, avec environ 43 000 nouvelles infections par année. Nous sommes donc loin d’une diminution, encore moins d’une éradication de la maladie. Pourtant, il semble que le discours médical et médiatique portant sur le SIDA, en Occident, devienne banal. Nous entendons de plus en plus souvent que le SIDA est devenu une maladie contrôlable à l’aide de traitements. Faisons-nous l’autruche en banalisant une maladie encore mortelle, causant 3 millions de décès durant la seule année 2006 à l’échelle du monde?

Si des avancées ont été possibles dans la lutte contre le SIDA, c’est grâce aux campagnes de sensibilisation et de prévention, au travail acharné de divers intervenants et intervenantes dans plusieurs domaines, et à la recherche. Il est impératif de continuer dans cette voie, puisque nous voyons qu’il est possible d’obtenir des résultats de cette façon. Ceci étant dit, l’apparence d’embellie dans les pays occidentaux ne doit pas mener à une autosatisfaction passive; nous devons redoubler d’efforts. Qui plus est, nous devons considérer la situation des pays occidentaux au sein d’une perspective globale. Et cette perspective est alarmante.

La situation de la propagation du SIDA dans diverses régions du monde est troublante. L’Afrique subsaharienne compte à elle seule près de 60% des personnes infectées dans le monde. Inutile d’ajouter que le nombre de décès et les taux de propagation y sont également les plus élevés. Si cette situation est connue depuis quelques années déjà, les moyens déployés pour y remédier sont insuffisants. On estime qu’un adulte sur trois, au Swaziland, vit avec le VIH. De plus, les femmes sont plus durement touchées, et le taux d’infection chez les enfants ne cesse d’augmenter. Malgré certains progrès sur le plan de l’accessibilité aux traitements requis, plus de 77% des malades ne sont toujours pas soignés.

D’autres régions sont maintenant de plus en plus éprouvées par la pandémie. En Europe orientale et en Asie centrale, le nombre de nouvelles infections a augmenté de 70%(!). En Asie du Sud et du Sud-Est, entre 2004 et 2006, le nombre de nouvelles infections a bondi de 15%. La combinaison entre, d’une part le manque de ressource pour la prévention et le traitement, et d’autre part l’importante concentration de population dans certaines de ces régions, fait craindre aux observateurs de l’ONUSIDA une hausse marquée du nombre de nouvelles infections. Il est impératif que nous supportions les initiatives de la lutte contre le SIDA dans ces parties du monde et que nous remettions la banalisation du discours ambiant en contexte.

Devant cette situation, plusieurs choses sont à dénoncer. Parmi elles, mentionnons seulement l’hypocrisie de certains gouvernements, notamment celui de l’Afrique du Sud, devant le problème; le manque de ressources des intervenants et intervenantes sur le terrain; l’occidentalo-centrisme ambiant qui nous laisse croire que le SIDA est un problème à demi réglé; l’attitude de certains mouvements religieux, qui continuent de condamner moralement l’utilisation de moyens contraceptifs qui protègent du SIDA; les compagnies pharmaceutiques, qui font obstacle à l’accessibilité aux traitements chez les malades pauvres.

Il est important de réaliser que la pandémie mondiale de SIDA n’est pas un phénomène incontrôlable. Il existe des moyens d’en freiner l’expansion. ONUSIDA calculait, en 2004, qu’amasser 20 milliards de dollars en trois ans devrait permettre d’organiser une campagne de lutte efficace en vue de freiner l’épidémie. Si ces objectifs financiers ne sont pas atteints, nous devons questionner les priorités de nos gouvernements et des divers acteurs économiques. Il est difficile d’arguer que 20 milliards de dollars sur trois ans constitue une ponction irréaliste sur les budgets publics alors que les dépenses militaires de nos gouvernements ont frisé les 3000 milliards de dollars pour la même période. De plus, les profits combinés de 10 des plus grandes compagnies pharmaceutiques ont atteint les 58 milliards pour la seule année 2005, alors qu’elles avaient dépensé en frais de marketing et d’administration, entre 1996 et 2005, plus de 739 milliards(!)2. Il semble donc qu’il s’agisse davantage d’une question de priorité que d’une question de liquidité…

Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes:
-Chaque année, un peu plus de 3 millions de personnes meurent du SIDA, soit l’équivalent de la population du Liban, par exemple.
-Chaque année, plus de 5 millions de personnes sont nouvellement infectées, soit l’équivalent de la population de l’Irlande.
-Depuis 1981, 25 millions de personnes sont mortes du SIDA, soit l’équivalent de la population de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande combinées.
-En ce moment, 40,1 millions de personnes sont séropositives dans le monde.

Notes (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)

1. Les statistiques et données proviennent du rapport annuel d’ONUSIDA 2006. Il est disponible en format pdf à l’adresse suivante: http://www.aidh.org/sante/images/2006-SIDAFr.pdf
2. Les 10 compagnies sont: Pfizer, Johnson&Johnson, GlaxoSmithKline, Novartis, Roche Group, Abbott Laboratorie, Merck, Bristol-Myers Squibb, Wyeth, Eli Lilly. Voir l’étude publiée par la Chaire d’Études Socio-économiques de l’UQAM: Analyse socio-économique: Industrie pharmaceutique mondiale pour la période 1996-2005, disponible à l’adresse http://www.uqam.ca/nouvelles/2006/06-256.htm

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