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Criss yé mort

Publié le 23 décembre, 2009 | Pas de commentaires
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Ch’tais comm’ tout l’monde, j’avais vu une coupe de ses films pi cé toute. Elvis Gratton, le Steak, Octobre, le Party, mais y’étais pou moé surtout le gars avec la barbe pas rasée pi la cigarette. Son esti de cigarette qu’on dit qui l’a tué, mais moé j’pense pas. Moé, j’pense que c’est les aut’, ceux qui combattaient, qui ont fini par le tuer, à p’tit feu.

Comm’ moé, y’avait déjà eu honte de son accent pi de sa langue, qui était pas la française avec un accent pincé d’Outremont, mais celle du peuple, celle du québécois, j’le savais pas. J’viens d’le savouère en lisant son liv’ : les bœufs sont lents mais la terre est patiente. Vous savez quoé? C’t’un esti de bon livre. Ma fibre nationalisse qui en avait pris un coup avec les conn’rie du partie québécois dans les dernières années, avec mon souvenir amer d’un référendum pour lequel j’ai pas pu voter pour une question de jours, avec l’élection du frisé de Sherbrooke la dernière fois… mais là, je sens que j’ai l’cœur à bonne place, qu’y’a raison d’être bleu pi que j’ai raison de pas aimer le pays qu’on me fourre dans gorge à coup de p’tit fanions pi de décisions débiles, avec un gars que j’aime pas pi pour qui mes compatriotes n’ont pas voté.

Yé mort, mais yé mort deboute. On a beau m’dire qu’yé mort sur un lit d’hôpital pi qu’y’avait pas l’air de grand-chose à fin, moé j’dis qu’yé mort deboute comme y’a vécu : deboute. Y sé jamais mis à g’noux, y’a jamais voulu s’abaisser à se vendre, à diluer sa pensée, pas passe qu’y’était fort ou un dur de dur, non mais simplement parce qu’y s’respectait et qu’y savait ce qu’y voulait : la liberté. La liberté passait par la libération et celle-ci avait l’image d’un pays, d’une séparation pour rétablir ce que les anglas y’avait pris de force, dans l’temps, à coup de canon pi d’feu d’villages. Y’en avait rien à foutre de faire des référendums, le moyen y s’en câlissait, ce qu’y voulait, c’était s’affranchir. La liberté n’est pas une marque de yogourt, y’a écrit.

Ben mon Pierre, t’a réussi. Chapeau. T’es libre, pi nous aut’ aussi, un peu plusse, grâce à toé.

T’inquiète, le combat on s’en occupe maint’nant.

Les bœufs sont lents mais la terre est patiente. Pierre Falardeau. Typo.

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