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L’hypocrisie pudibonde

Publié le 23 janvier, 2010 | Pas de commentaires
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Vous l’avez peut-être lu comme moi en première page du Devoir hier qu’il n’est pas bon d’être artiste à Verdun ces jours-ci. Après avoir organisé une exposition des œuvres de Carl Duplessis, et même avoir fait imprimer les cartons d’invitation pour le vernissage, l’arrondissement a fait volte-face et a demandé à l’artiste de changer ses œuvres, des nus, pour d’autres portraits sans nudité le tout parce « qu’il ne faut aucune perception ou allusion d’un sein, d’une fesse ou d’une partie génitale dans les tableaux présentés en exposition » dixit Nancy Raymond, chef du Service arts et culture de l’arrondissement. Heureusement, l’artiste intègre a choisi lui-même d’annuler l’exposition.

Pourquoi cette décision? Parce qu’ « on ne peut forcer les gens à être exposés à cela parce qu’ils entrent dans le centre communautaire », « Nos expositions ne se font pas dans des salles fermées, mais dans un hall où les enfants circulent librement sans surveillance. C’est un lieu public. »

Il est plutôt curieux qu’un arrondissement soit plus pudibond qu’un Musée National. Lorsque j’ai été voir la magnifique exposition Le nu dans l’art moderne canadien au Musée National des Beaux-Arts du Québec l’année dernière, il y avait des enfants qui parcouraient les salles. Il ne serait pas venu à l’idée des organisateurs d’imposer un âge minimal aux visiteurs, et ce, pour une bonne raison : le corps humain n’est pas choquant, l’art n’est pas pornographique. Et encore, je rajoute un bémol à cette dernière affirmation, car certaines œuvres pornographiques trouvent aujourd’hui leur place dans les plus grands musées du monde.

L’art grandit, ouvre des horizons. Les œuvres de Carl Duplessis n’ont rien d’érotique, de pornographique, elles ne sont qu’odes à la beauté. C’est en privant l’enfant d’une représentation élargie du corps qu’on finit par lui faire confondre pornographie et représentation artistique… remarquez, c’est peut-être ce qui est arrivé à ces détracteurs.

L’exposition devait avoir lieu à l’Île des Sœurs, banlieue cossue de Montréal. Cette pudibonderie que l’arrondissement attribue à ses résidents est, selon moi, bien hypocrite. Car ces résidents ne regardent sans doute pas les dessins animés que leurs enfants regardent jours après jour et qui, toujours selon mon opinion, contiennent beaucoup d’allusions à une sexualité trop précoce (faites l’expérience des nouvelles émissions de Télétoon, vous verrez). Ils ne lisent pas les Mangas qui font le bonheur de leurs enfants, qui eux aussi ont un contenu souvent plus que douteux et qui la plupart du temps ont été écrit pour des adultes qui eux, normalement, devraient être en mesure de faire la différence entre une violence exagérée et une violence utile à la narration, une sexualité malsaine et celle qui porte l’histoire, les enfants lisent et ne comprennent pas nécessairement la nuance. Leurs enfants vont dans des collèges privés où les jeunes filles relèvent la taille de leurs jupes pour contourner les exigences du costume imposé, où il s’échange autant de drogues que dans n’importe quelle école, où la sexualité pubère et même prépubère est bien présente, cadeaux de l’hypersexualisation de notre société. Ils font regarder à leurs enfants des films qui pourtant ne sont pas de leurs âges, ils les laissent écouter de la musique faisant référence à des mœurs rétrogrades, des stéréotypes que nos mères ont combattus, et les laissent regarder ensuite des vidéoclips où la femme n’est qu’accessoire dénudé. Leurs jeunes enfants prennent pour modèles les Hannah Montana, Britney Spears et autres jeunes femmes aux allures délurées et aux propos sans subtilité.

Exposer un enfant à un nu artistique n’est pas malsain, n’est pas quelque chose d’anormal ou de contre-nature et contrairement à ce que Mme Raymond affirme, ne pas le faire ne découle pas « du gros bon sens ». Il s’agit d’une décision pudibonde et bien pensante faite par des hypocrites sans culture.

Vous en voulez des jugements à l’emporte-pièce? Alors, voici le mien.

Pas de nus dans les lieux publics à Verdun Le Devoir, 22 Janvier 2010

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