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On achève pourtant les chevaux

Publié le 8 février, 2010 | Pas de commentaires
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Il fut un temps où un nouveau disque de Renaud était un évènement. On en parlait, on en discutait, on s’émerveillait. Ce n’est pas l’enthousiasme qui s’est fait la paire, mais le talent de celui-ci. Son dernier album Molly Malone, la balade irlandaise, est d’une nullité exemplaire. Pas étonnant que trois mois après sa sortie on n’en ait pas parlé, ou du moins que cette sortie n’ait pas fait de vague.

Pour la première fois de ma vie, j’ai eu une réaction physique autre que les pleurs et la joie en écoutant un disque. Pour la première fois de ma vie, et je ne croyais pas ça possible, j’ai eu mal au cœur, plus précisément, des haut-le-cœur répétitif. J’étais incrédule, comme vous l’êtes probablement en ce moment, mais lorsque j’ai arrêté mon écoute, ça s’est arrêté. J’ai repris (l’empirique est encore une méthode scientifique acceptable), puis le mal a repris. J’ai arrêté, ça a arrêté. Je dois donc me rendre à l’évidence qu’en plus d’avoir la pire pochette de toute sa discographie, le pire livret depuis qu’il accompagne ses albums de celles-ci, Molly Malone donne mal au cœur. C’est probablement le premier vomitif de l’histoire de la musique.

Avant que vous arrêtiez de lire pour cause de mauvaise foi, laissez-moi vous donner une petite idée de l’importance qu’a Renaud dans ma vie. J’ai 19 albums de Renaud, des partitions, des vinyles et un t-shirt. J’ai été le voir le soir où, en 2001, il s’est présenté complètement saoul devant son public et j’ai adoré malgré tout, j’en ai pleuré. Je suis un fan inconditionnel qui arrivait presque à lui pardonner le disque précédent. Je lui ai pardonné d’avoir annulé une série de spectacles pour laquelle j’avais des billets tous les soirs. J’ai tous ses livres et même des livres de son frère pourtant beaucoup moins doué. Je suis un fan, j’ai grandi avec lui et pourtant…

Molly Malone est une merde.

Je ne fais pas dans la dentelle, mais il faut que quelqu’un vous le dise franchement. C’est horrible.

Il s’agit seulement du deuxième album du genre de Renaud, c’est-à-dire un album complet de chansons qui ne sont pas originales. Il avait fait Renaud Chante Brassens, enregistré dans sa salle de bain avec la guitare de Brassens, un superbe disque. Puis il a décidé d’enregistrer un album complet de complaintes irlandaises qu’il a traduites. La musique est superbe (jouée par des Irlandais), la réalisation impeccable (réalisé en Irlande), mais il n’a plus de voix, mais alors plus du tout. Son incapacité chronique à atteindre les bonnes notes ressemble davantage à une capacité extraordinaire à fausser. Il a la voix pauvre, éraillée, paresseuse et moche.

Comme si l’album au complet n’était pas déjà une insulte à lui-même, il s’est permis une autre première : il a réenregistré une de ses chansons, la ballade nord-irlandaise. Le premier enregistrement était mignon, démagogique, mais mignon, celui-ci est d’une horreur sans nom. Le peu de cachet que le premier enregistrement avait s’est volatilisé au moment où il a ouvert la bouche pour chanter.

Gainsbourg, Brel, Bashung, Brassens ont eu la chance de mourir avant de se rendre si bas.

Bref, un album à éviter.

Si vous insistez, voici le site, vous pourrez en entendre des extraits.

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