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V, l’horreur

Publié le 22 décembre, 2009 | Pas de commentaires
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Je viens de regarder en rafale les quatre épisodes du « remake » de V, la série culte de mon enfance. Il est troublant de voir comment cette série qui m’effrayait jadis me laisse froid aujourd’hui. Bien sûr, la réalisation – pour une série télévisée – est impeccable, mais au-delà des prouesses techniques, il me reste dans la bouche un arrière goût de facilité.

Avant d’aller plus loin, pardonnez-moi de vous citer une partie du scénario d’un épisode de West Wing (Manchester Part II, saison 3) et pardonnez-moi de le faire en anglais.

DOUG

(reading) … »to fall victim to torpor and timidity. » « Torpor »… is not a word a lot of people know.

SAM

It means apathy.

TOBY

And dullness.

DOUG

I know what it means.

CONNIE

Doug means…

DOUG

They know what I mean.

C.J. walks into the room and closes the door behind her. She looks a little tired.

C.J.

Hey.

Leo and Toby look up to acknowledge her, but they don’t say anything. They just turn back toward Doug.

DOUG

If they don’t know what the word means…

C.J.

What’s the word?

JOSH

(after taking a sip of water) « Torpor. »

C.J.

It means apathy.

TOBY

And dullness.

Everyone but Doug is looking more and more impatient with this conversation, rolling their eyes, standing up. Even Bruno looks annoyed.

DOUG

(louder, more exasperated) I know what the word means. I’m saying if people don’t know what the word means…

Bartlet walks in briskly through a door behind Doug.

BARTLET

They can look it up!

Everyone, including Doug, stands. Bartlet stops and stands next to the teacher’s desk at the front of the room.

EVERYONE

Good morning, Mr. President.

BARTLET

It’s not our job to appeal to the lowest common denominator, Doug. It’s our job to raise it. If you’re going to be the « Education President, » it’d be nice not to hide that you have an education.

Que ce soit dans un discours politique, dans une série télévisée ou dans une chaine de télévision homonyme, je trouve décevant que l’on me prenne pour un con. Je trouve pitoyable cette tendance de vouloir nous gaver d’une culture préfabriquée, balisée, prévisible. V, la chaine, nous présente un contenu prévu pour le plus faible dénominateur commun au niveau culturel. Les films, les émissions, tout le contenu est fait pour que le quidam quelconque puisse s’amuser et avoir une opinion. Du pain et des jeux, version moderne.

Ma critique envers la chaine télévisée s’arrête là, il ne s’agissait pour moi que d’un parallèle homonyme troublant.

V, la série, est un exemple de la médiocrité télévisuelle qui nous est servie jour après jour. Un collègue me disait aujourd’hui, après avoir lu un de mes textes, qu’il avait dû sortir son dictionnaire pour comprendre certains mots que j’avais utilisés et qu’il avait aimé ça. La culture s’acquiert, la culture se cultive et ce n’est pas en utilisant coup après coup les grands clichés cinématographiques et les techniques usées du cinéma de science-fiction que l’on grandit ou fait grandir son auditoire.

Mon père, un jour, me parlait du génie du film Alien versus Alien 2. Il me disait que tout le génie du premier film tenait dans l’angoisse, dans le fait qu’on ne voyait pas la bête, qu’elle rôdait, qu’elle frappait, mais que nous ne savions pas la suite, qu’il ne nous restait que la conjecture, la peur, la théorie. En comparaison, la bête était visible, les héros avaient des armes dans le film suivant, réduisant le suspense et le génie à zéro.

V nous donne le ton dès le départ, ne nous surprends pas et nous offre ses revirements de situation en les soulignant allègrement, en nous les expliquant en long et en large, en les illustrant de façon simpliste afin que le moindre téléspectateur puisse comprendre sans devoir s’arrêter pour penser. Aucune surprise, aucune peur, que l’horreur du convenu et de l’attendu. Le seul suspense tient dans l’inconnu de la suite du déroulement. Nous n’avons pas peur, nous craignons d’avoir déjà deviné la suite.

Au final, pour un divertissement paisible et sans questionnement, cette série remplit son rôle. Je ne regrette pas d’avoir regardé ces quatre épisodes et peut-être même que je regarderai les suivants lorsqu’ils sortiront, quelque part au printemps 2010. Sauf que ce ne sera qu’un plaisir éphémère qui ne me grandira pas. En fait, je risque simplement de regarder la suite parce que personne n’aime les coïts interrompus et que les quatre premiers épisodes sont si vides de contenus et sous-entendent tellement une suite à venir qu’ils nous laissent sur cette faim qui n’a qu’une envie, prendre sa revanche. Ce n’est pas la poursuite d’un plaisir, mais bel et bien la poursuite d’un contentement promis qui n’a pas été livré.

La culture n’est-elle pas faite pour nous grandir, pour nous exposer le meilleur des autres afin que nous puissions atteindre le meilleur de nous-mêmes?

Du pain et des jeux, d’accord, mais je crois que les jeux peuvent nous élever.

V, que ce soit la série ou la chaine télévisée, ne nous élèvent pas.

West Wing, Manchester part II, écrit par Aaron Sorkin

V, la série télévisée, créée et recréée par Kenneth Johnson

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