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Entre nomadisme et sédentarité : l’identité îlienne dans Pagli d’Ananda Devi

Publié le 15 janvier, 2008 | 2 commentaires
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Depuis qu’elle a obtenu le Prix des cinq continents de la francophonie1 en 2006 avec son roman Eve de ses décombres, Ananda Devi, avec l’ensemble de son œuvre2, suscite un intérêt grandissant dans le monde francophone. Le colloque international qui lui a été dédié en novembre 20073 en témoigne. Les romans d’Ananda Devi interrogent toujours les notions de racine et d’identité qui sont d’ailleurs mises en évidence dans Pagli, où la tension entre le nomadisme et la sédentarité est au premier plan.

 Ego connections
Airton Kieling, Ego connections, 2007
Certains droits réservés.

Dans une ère où le tourisme est organisé par les agences de voyages, où les notions de frontières et de visas délimitent les voyages, parler de nomadisme peut paraître désuet. C’est un mouvement vers l’ancrage, vers l’enracinement qui marque le passage du nomadisme à la sédentarité, dont nous sommes témoins. En effet, avec la mondialisation et Internet, il est devenu beaucoup plus facile de voyager et de découvrir d’autres pays par le biais d’une webcam ou de la vidéoconférence sans bouger de son domicile, ce qui encourage la sédentarité. Paradoxalement, la mondialisation a aussi accentué un besoin de territorialisation. En effet, lorsque les frontières s’estompent, l’identité nationale, voire personnelle, se trouve menacée. Avec l’avènement de la territorialité et de l’identité nationale, le sentiment de sédentarité est exacerbé.

Dans le roman d’Ananda Devi, une œuvre focalisant sur l’Île Maurice où est née l’auteure, la jeune protagoniste Daya-Pagli habite Terre Rouge, un petit village situé sur une île minuscule. Sa sédentarité est marquée par une quête identitaire, qui se révèle paradoxalement en une forme de nomadisme.

En littérature, le nomadisme a toujours été présent. Par exemple, dès Homère, Ulysse voyage d’île en île afin de retrouver Ithaque. Les voyages de découverte des cinq derniers siècles, de ceux de Christophe Colomb à ceux des anthropologues du XXe siècle, ont inspiré de nombreux récits de voyage, comme en témoigne le foisonnement de la littérature à cette époque. Ces traversées permettaient aux voyageurs européens d’explorer de nouveaux espaces et de s’ouvrir sur le monde. Par leur nomadisme, les écrivains tels que Bernardin de Saint-Pierre, André Breton, Charles Baudelaire et Victor Segalen ont enrichi leur écriture, et peut-être même renforcé le sentiment d’appartenance à leur civilisation. Comme Claude Lévi-Strauss l’a souligné4, l’écrivain-voyageur qui se place dans la position d’ethnologue vis-à-vis d’une civilisation autre se retrouve toujours un peu prisonnier de sa propre sphère culturelle5. De son côté, Bernardin de Saint-Pierre a effectué un voyage en Île de France, nom de l’Île Maurice à l’époque de la colonisation française. Son roman Paul et Virginie fait foi de son passage sur l’île. Charles Baudelaire, lui, a passé quelques mois aux Mascareignes (Île Maurice, Île de la Réunion, Île Rodrigues) et plusieurs des poèmes des Fleurs du Mal font référence aux personnages et aux paysages rencontrés. Pour sa part, André Breton a fait escale en Martinique et a écrit le roman La Martinique Charmeuse de serpents. Quant à Victor Segalen, il a passé plusieurs années à Tahiti, qu’il décrit dans plusieurs de ses écrits.

Au cours des dernières décennies, on a assisté à l’essor de la publication d’écrits provenant de ces pays. L’ouvrage d’Ananda Devi, à l’Île Maurice, en fait partie. Dans son roman Pagli, Ananda Devi semble faire état d’un retour à une certaine forme de nomadisme malgré le fait que les personnages soient ancrés dans la sédentarité.

Publié en 2001, dans le sillage des émeutes communautaires de 1999 à l’Île Maurice6, Pagli met en relief la fausse harmonie qui existe entre les différentes communautés de l’île. Ceci est particulièrement évident lorsque la mort de la protagoniste déclenche des émeutes, tout comme le décès du chanteur Kaya le 21 février 1999, après sa disparition dans des conditions troublantes. Daya-Pagli est un personnage à mi-chemin entre l’imaginaire et la réalité qui, de sa prison, raconte l’histoire d’amour et de haine qu’elle a vécue et son errance entre ces deux univers. Ce nomadisme est d’un nouveau genre, puisqu’il est celui d’une femme qui habite une île et dont nous entendons la seule voix, la narration étant homodiégétique. De la même façon, plusieurs des romans de Devi se concentrent sur la question du malaise identitaire de la femme née et évoluant au carrefour de plusieurs cultures et civilisations, au cœur d’une île. L’auteure met ainsi en scène, pour la plupart, des personnages féminins qui se demandent qui elles sont réellement.

Daya-Pagli est issue d’une famille indo-mauricienne. Violée à 13 ans par son cousin qui deviendra par la suite son mari, elle transgresse les lois de cette société, non seulement en s’associant à une prostituée d’origine africaine, Mitsy, mais surtout en tombant amoureuse d’un pêcheur créole, Zil, qui vient d’une île lointaine7. Dès le début, Devi introduit le surnaturel avec des personnages appelés «mofines» qui tentent de préserver les valeurs ancestrales hindoues et, plus précisément, de conserver l’image de chasteté de la femme hindoue. Daya-Pagli personnifie les garde-fous de la culture par des femmes ailées appelées «garde-chiourmes»8. Produits de l’imagination de la narratrice9, ces «garde-chiourmes» sont d’autant plus importantes qu’elles montrent à Daya-Pagli, à travers les valeurs qu’elles représentent, les horreurs qu’engendre le métissage, c’est-à-dire, la naissance d’un enfant n’appartenant à aucune des deux communautés. Elles provoquent ainsi chez Daya-Pagli des réflexions sur l’identité, l’hybridité culturelle et la notion de l’errance.

«L’errance, c’est cela même qui nous permet de nous fixer10», dit Glissant11 dans le Traité du Tout-Monde. Devi semble s’appuyer sur certaines théories de cet auteur pour construire cette identité qui s’inscrit dans l’errance. Pour Glissant, l’errance permet de forger son identité en puisant à l’intérieur de différentes sources et racines. Par exemple, aux Antilles, les îliens sont issus d’un métissage de descendants africains, indiens, européens et autres, et sont à la fois français, caribéens et américains. La population d’une île est souvent le produit d’une hybridation tout au moins culturelle, ce qui conduit Glissant à penser qu’il serait plus juste de parler de racine et d’identité en rhizome plutôt que de racine unique. L’identité en rhizome est une identité qui repose sur différentes origines et non sur une seule, comme chez les peuples ataviques qui ont une histoire et une filiation précises. Il existe donc plusieurs identités auxquelles peut prétendre l’îlien issu d’une société qui a été colonisée et dont les composantes viennent de divers continents. Ainsi, on peut voir en Daya-Pagli une protagoniste déchirée entre plusieurs «moi disséminés»12 tout au long du roman. Daya-Pagli se retrouve prise entre ses devoirs envers sa famille hindoue et les traditions de celles-ci et son amour pour quelqu’un qui n’est pas de la même communauté qu’elle. Ce schisme intérieur se reflète premièrement dans la dualité de ses noms : Daya est le nom qu’on lui a donné à la naissance, ayant pour signification «pitié», et Pagli signifiant la «folle», surnom duquel sa belle-famille l’affuble, puisque Daya-Pagli ne suit pas les normes instaurées depuis des générations13.

Nomadisme identitaire

De page en page, Daya-Pagli passe d’une identité à une autre sans toutefois sortir de cet espace sédentaire où elle évolue, le village, mais aussi du poulailler où elle est enfermée. Ses «départs» semblent n’être qu’imaginaires, tout comme sa liberté, puisqu’à la fin du roman, elle ne sait plus si elle a inventé toute l’histoire, voire si elle n’a pas été emprisonnée dès le début par sa belle-famille qui veut la punir pour sa folie et la mettre à l’écart pour en sauvegarder l’honneur. Le nomadisme et la sédentarité se rejoignent dans ce roman où le personnage semble enfermé pendant toute la durée de son récit, alors que l’histoire elle-même effectue un va-et-vient entre le passé, le présent et le futur et se déroule dans plusieurs endroits dont sa propre maison, la maison parentale, au milieu de «la cathédrale de banyans»14, ainsi que sur le thonier de son amant Zil, à bord duquel elle n’est jamais montée. Ses envolées lyriques et ses escapades en dehors du poulailler où elle s’étiole peu à peu se passent dans le cadre de sa mémoire, de son imaginaire et, surtout, dans son parcours intérieur. Cherchant à découvrir quelle facette de sa personne correspond réellement à sa véritable identité, Daya-Pagli est partagée entre celle donnée à l’amour et celle qui tient à se venger des brimades de la société: «deux moi dissociées, l’une donnée à l’amour, l’autre nourrissant sa rage. Je passe de l’une à l’autre[…] et me perds totalement dans mon propre corps démembré. C’est moi.15» Comme le souligne Patrick Sultan, la forme du récit de Daya-Pagli épouse les contours d’un parcours nomade et l’inscrit dans une transgénéricité qui reflète le nomadisme intérieur de la jeune femme tout en opposant celui-ci à sa voix monologique qui conduit le récit16, car ce nomadisme identitaire présuppose plusieurs identités entre lesquelles erre Daya-Pagli.

Pour une identité îlienne

Cette tension entre le nomadisme et la sédentarité est le signe d’un malaise identitaire social qui sévit dans une île où le désir de préserver ses racines se heurte au besoin de se créer une nouvelle identité grâce au phénomène de «créolisation» qui s’opère dans la population des îles partout dans le monde. La «créolisation» est, pour Glissant, un phénomène qui naît de la mise en contact de plusieurs cultures et qui crée une donnée nouvelle et imprévisible, par opposition au métissage dont le produit est prévisible. La «créolisation» est donc le pendant de la racine rhizome en ce qu’elle va à l’encontre de la notion d’une identité absolue. L’individu qui se rend compte de la «créolisation» mais qui évolue dans une société encore attachée aux valeurs ataviques s’en échappe à travers un exil intérieur, ainsi que le fait Daya-Pagli. Comme le souligne Glissant dans ses théories sur le Tout-Monde:

je parle de cet exil intérieur qui frappe des individus là où des solutions ne sont pas, ou ne sont pas encore […] l’exil intérieur est le voyage hors de cet enfermement . Il introduit de manière immobile et exacerbée (sic) à la pensée de l’errance17.

Ce malaise est encore plus évident chez les femmes qui doivent faire face à l’image féminine traditionnelle occupant une place des plus importantes dans leur culture. Il n’est point étonnant que l’île soit souvent perçue comme une prison par les protagonistes de Devi, dont Daya-Pagli: «il n’y avait pas d’issue. Ils arriveraient toujours au bout de l’île18». La femme îlienne qui évolue au sein de plusieurs cultures et est exposée à diverses images devrait pouvoir tirer parti de chacune de ces influences et se frayer un chemin hors de ce carcan, même si ce n’est que par l’imaginaire, semble dire Devi. Dans Pagli, Devi semble promouvoir une identité qui permet de se glisser d’un Moi à l’autre sans toutefois perdre de vue le fait que le personnage est toujours lui-même. Le roman est un parcours initiatique pour la narratrice qui se décrit comme «une femme seule qui cherchait un lieu où elle aurait pu se rassembler et redevenir entière et une19». Ce «lieu» est sans doute l’imaginaire que prône Glissant, car la société mauricienne qu’elle décrit n’y est pas propice. L’imaginaire qui se dévoile à travers ce roman met en évidence le fait même qu’à travers cette errance on peut aussi décrire ce qui est ailleurs. Comme l’énonce Edouard Glissant:

L’idée du monde s’autorise de l’imaginaire du monde, des poétiques entre-mêlées [sic] qui me permettent de deviner en quoi mon lieu conjoint à d’autres, en quoi sans bouger il s’aventure ailleurs, et comment il m’emporte dans ce mouvement immobile20.

Par conséquent, la progression que l’on observe dans l’œuvre de Devi est justifiée, puisque dans son dernier roman Indian Tango21, elle quitte l’île pour se tourner vers l’Inde et la femme indienne observée par une écrivaine étrangère. En effet, Rue la Poudrière, Le Voile de Draupadi, L’Arbre-fouet, Moi L’interdite, Pagli, et Eve de ses décombres mettent en scène de jeunes femmes qui se battent pour trouver leur Moi dans une société patriarcale qui cherche à préserver ses valeurs désuètes dans une société moderne et surtout hybride. La Vie de Joséphin le fou et Soupir sont les tentatives de Devi de mettre un narrateur masculin au premier plan du récit, mais la voix féminine se fait tout de même entendre. Indian Tango est le dernier roman de Devi, et le seul qui n’ait pas l’île pour toile de fond. C’est une nouvelle perspective que Devi tente de donner sur la femme indienne ainsi que sur la femme auteure lesbienne.

Pour répondre à la question énoncée au début, Devi semble suggérer que l’on peut demeurer dans un endroit tout en voyageant hors des frontières qui nous limitent. Daya-Pagli, par la seule force de son imagination, par sa volonté de briser le carcan qui l’entoure, retrouve en elle-même la force de lutter et, surtout, de faire face à ses propres failles, c’est-à-dire reconnaître qu’elle s’est laissée envahir par la haine. Même si la fin du roman est dure, avec la mort de la protagoniste, l’espoir vit toujours avec Zil, qui est le personnage nomade par son métier de pêcheur et, peut-être, le pendant masculin de la narratrice car en tant qu’homme créole il semble au-dessus des lois patriarcales oppressantes.

Notes (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)

1. La francophonie est un terme qui désigne l’ensemble des pays parlant français. Il inclut aussi deux groupes distincts mais complémentaires: l’organisme multilatéral l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF) qui regroupe 56 pays, ainsi que toute forme d’action de défense et de promotion de la langue française quel que soit le pays qui s’y souscrit. (http://femmesdexception.free.fr/Francophonie/Definition_locuteurs.htm)
2.Ananda Devi est l’auteur de neuf romans et plusieurs recueils de nouvelles.
3. Le Colloque intitulé «Penser l’altérité: autour d’Ananda Devi et des écrivaines mauriciennes contemporaines» a eu lieu en Belgique à UCL, du 30 novembre au 1er décembre 2007.
4.Claude Lévi-Strauss était anthropologue-ethnologue et ses voyages, surtout au Brésil pendant les années 1950, de même que ses écrits sur l’anthropologie – Anthropologie Structurale, Tristes Tropiques – ont beaucoup contribué à notre connaissance actuelle de l’anthropologie.
5.Ceci découle du fait que l’observateur se sert, jusqu’à un certain point, des références auxquelles il est habitué pour décrire ces peuples et ces pays et, donc, il est toujours influencé par les paramètres, descriptions et définitions qui sont propres à sa culture.
6.En février 1999, la mort du chanteur créole Kaya, en prison, a donné lieu à des tensions communautaires et a conduit par la suite à des émeutes, puisque les membres de sa communauté ont pensé qu’il avait été victime de racisme de la part des policiers.
7.Les origines de Zil ne sont pas précisées. Parfois, la narratrice donne l’impression qu’il vient de l’archipel d’Agalega, puisqu’il parle comme quelqu’un qui connaît la vie sur cet archipel et, d’autres fois, elle semble dire qu’il a grandi à l’Île Maurice. Tout ce qui entoure Zil est ambigu, puisque vers la fin du récit, la narratrice questionne son existence même, se demandant si elle n’a pas toujours été emprisonnée et aurait donc inventé le personnage nommé Zil.
8.Ananda DEVI. Pagli: roman. Paris, Continents Noirs Gallimard, 2001, p. 16.
9.Si l’on croit les errances de la pensée de Daya-Pagli et ses propres doutes sur la réalité de certains épisodes, tels celui où elle aide Mitsy à avorter, voire certains personnages de son récit, comme Zil lui-même, toute cette histoire aurait bien pu se passer dans son imagination.
10.Edouard GLISSANT. Traité du Tout-monde. Gallimard, NRF, 1997, p. 63.
11.Glissant est un théoricien connu des Antilles qui essaie, au fil de ses Poétiques, d’arriver à une nouvelle conceptualisation du monde comme le produit de la rencontre entre différentes cultures et civilisations, c’est-à-dire, comme créolisé. Il a aussi tenté de redéfinir certains termes comme celui de nomadisme, par exemple. Selon Glissant, il existe deux types de nomadisme: circulaire et en flèche, le premier étant positif et désignant les peuples nomades dans un territoire entre autres et le second se référant aux incursions dans un pays afin de le conquérir ou le coloniser, comme les Huns en Asie.
12.Ananda DEVI. Pagli: roman. Paris, Continents Noirs Gallimard, 2001, p. 57.
13.Ces règles consistent typiquement à bien suivre les traditions, à s’occuper de son mari, à lui donner des enfants et à être chaste. Voir le Manav Dharma, [en ligne], <www.manavdharam.org/msd/msd.html>. Consulté le 6 juillet 2007.
14.Ananda DEVI. Pagli: roman. Paris, Continents Noirs Gallimard, 2001, p. 87.
15.Ibid. p. 310.
16. Sultan, Patrick. (2002) «L’enfermement, la rupture, l’envol: Lecture de Pagli d’Ananda Devi», [en ligne], 8 pages, <www.orees.concordia.ca>. Consulté le 7 mars 2007.
17.Edouard GLISSANT. Poétique de la Relation. Paris, Gallimard, NRF, 1990, p. 32.
18.Ananda DEVI. Pagli: roman. Paris, Continents Noirs Gallimard, 2001.
19.Ibid. p. 153.
20.Edouard GLISSANT. Traité du Tout-Monde. Paris, Gallimard, NRF, 1997, p. 120.
21.Ananda DEVI. Indian Tango: roman. Paris, Gallimard, NRF, 2007.

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Commentaires

2 Responses to “Entre nomadisme et sédentarité : l’identité îlienne dans Pagli d’Ananda Devi”

  1. Ilrshaad Goolamally
    octobre 24th, 2010 @ 15:03

    Very good comments

  2. Karen
    mai 4th, 2012 @ 08:34

    Je ne suis pas d’accord avec votre idée expliquant que le roman ait été écrit « dans le sillage des émeutes de 1999 ». Ananda Devi a toujours précisé qu’elle ne faisait pas une étude sociétale ou anthropologique de la société mauricienne dans ses romans. Il me semble donc que le rapprochement entre le roman et la situation politico-social de l’île est un peu trop facile. Certes Ananda Devi parle des tensions qui jalonnent de telles sociétés « métissées » mais elle ne cherche pas à condamner, au travers de son écriture, une quelconque facette spécifiquement précise à la situation mauricienne.
    Par ailleurs, je ne pense pas que les « mofines » soient liées au surnaturel. Le mot ‘mofine » signifie en créole « mauvais sort » et pour moi, ce sont davantage des personnages mi-ombres, mi-fantômes, davantage des chiens de garde que des êtres surnaturels.

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