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Une nouvelle directrice pour le musée national des beaux-arts

Publié le 15 décembre, 2008 | Pas de commentaires
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Au mois de juin dernier, nous apprenions la nomination d’Esther Trépanier à la direction du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ). Chercheuse aguerrie en histoire de l’art québécois, Trépanier prend la relève de John R. Porter à la tête du musée. Tout laisse croire qu’elle consolidera les acquis qui ont permis d’attirer chercheurs et grand public entre les murs du Musée.

Untitled stained glass, Marcelle Ferron
bookchen, Untitled stained glass, Marcelle Ferron , 2008
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Entrée en poste le 1er septembre dernier, Esther Trépanier n’en est pas à sa première collaboration avec le MNBAQ. En plus d’avoir siégé pendant sept ans sur le comité d’acquisition des œuvres en art ancien et moderne, elle a agi à quelques reprises à titre de conservatrice invitée. Nous pensons ici à des expositions telles que Univers urbains (La représentation de la ville dans l’art québécois du XXe siècle) (1998) et Marian Dale Scott: pionnière de l’art moderne (2000), présentées également au Musée de Québec. Les tâches administratives ne semblent pas non plus rebuter l’ancienne professeure qui, après avoir dirigé le module de premier cycle au département d’histoire de l’art de l’UQAM, s’est consacrée de 2000 à 2008, à la direction de l’École supérieure de Mode de Montréal.

Étude d’un parcours

Voilà maintenant près de trente ans que Trépanier œuvre dans le domaine de l’histoire de l’art au Québec. Dès les années 1980, les intérêts de la chercheuse se précisent autour de l’art québécois de l’entre-deux-guerres. Très tôt, la modernité, un objet d’étude qu’elle affectionne encore aujourd’hui, se retrouve au cœur de ses réflexions. C’est tout d’abord l’émergence d’un discours sur l’art moderne, issu des quotidiens montréalais des années 1915 à 1945, qui alimente ses recherches. En plus de se pencher sur la naissance de la critique d’art professionnelle au Québec, Trépanier soutient que la modernité québécoise ne s’instaure pas au milieu des années 1940, avec l’avènement de l’abstraction et la création du groupe des Automatistes. La chercheuse suggère plutôt que, malgré l’usage encore quasi généralisé de la figuration, la modernité picturale naît aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Avec ce postulat, Trépanier contredit une croyance toujours répandue chez les journalistes artistiques de la fin des années 1980, celle voulant que l’art moderne québécois ait vu le jour en même temps que le célèbre groupe de Borduas(1). Pour sa part, la nouvelle directrice du MNBAQ affirme que l’abstraction n’est que l’aboutissement des recherches plastiques entreprises durant les décennies qui séparent les deux conflits internationaux(2). En repositionnant ainsi les prémisses de la modernité picturale, Trépanier s’inscrit dans la lignée d’historiens de l’art qui, tels Charles C. Hill et Jean-René Ostiguy, soutiennent que les explorations menées par les peintres québécois durant les années 1920 et 1930 témoignent d’une connaissance et d’une intégration des principes plastiques modernes.

L’étude des œuvres issues de la période de l’entre-deux-guerres proposée par Trépanier démontre l’intérêt des artistes de l’époque pour l’expression de la subjectivité, pour l’usage de couleurs vibrantes et pour une intégration des principes empruntés à l’art européen. Nous pensons ici notamment à l’influence du postimpressionnisme ainsi qu’aux esthétiques mises de l’avant par Cézanne et l’École de Paris. Cependant, Trépanier mentionne que ces leçons ne sont pas reprises de manière intégrale par les artistes québécois et, ceci étant, elle insiste sur les particularités de la scène artistique québécoise. L’historienne de l’art se refuse donc à établir un parallèle simpliste entre l’Europe et le Québec, parallèle qui veut que l’art québécois de l’entre-deux-guerres soit «rétrograde» par rapport à ce qui se fait au même moment sur le vieux continent(3).

Trépanier s’intéresse aussi aux nouveaux sujets explorés par les peintres d’ici: le paysage urbain, la figure humaine – celle de l’homme contemporain – et le nu. Aussi, quelques figures retiennent davantage son attention: celles de Jack Beder, d’Adrien Hébert et de Marian Scott, entre autres. Ce ne sont donc pas les grands canons traditionnels de l’art québécois qui intéressent l’historienne puisque son travail est plutôt orienté vers l’étude des œuvres de peintres moins connus. Autrement dit, cette femme participe, depuis le début de sa carrière, à un repositionnement des a priori concernant l’art québécois ainsi qu’à une meilleure connaissance de la modernité picturale.

Un mandat rempli de défis

Dans le cadre de ses nouvelles fonctions, Esther Trépanier pourra entretenir l’intérêt qu’elle manifeste pour la diffusion et la mise en exposition d’œuvres canadiennes et québécoises. En effet, l’une des missions principales du musée est de participer à la mise en place d’expositions d’envergure internationale, mais aussi de contribuer à l’approfondissement des connaissances du patrimoine artistique d’ici. Il s’agit d’ailleurs d’un défi qui stimule particulièrement Trépanier: «J’ai toujours travaillé pour faire apprécier la multidimensionnalité [sic] de l’art au Québec, [pour] en faire découvrir les aspects inconnus […].(4)» Tout laisse croire que l’historienne de l’art mettra tout en œuvre afin de continuer à promouvoir un art souvent négligé du grand public.

La chercheuse intègre également ses nouvelles fonctions dans une période d’effervescence pour le MNBAQ. Rappelons qu’une phase d’agrandissement a débuté à la fin de 2007 afin de permettre à l’institution de présenter une plus grande part de ses collections aux visiteurs(5). Dans l’état actuel, les lieux ne permettent que la mise en exposition d’une maigre proportion des œuvres figurant dans les réserves du Musée. Cette situation est déplorable puisqu’il s’agit, selon Trépanier, de «[…] la collection la plus riche au niveau québécois.(6)» Bref, un tel projet s’inscrit au cœur des préoccupations de la nouvelle directrice du MNBAQ qui s’est consacrée tout au long de sa carrière à faire découvrir des œuvres et des artistes méconnus de notre patrimoine artistique.

Un bon présage pour l’avenir du musée

L’une des caractéristiques du travail d’Esther Trépanier, c’est la passion qu’elle porte à l’art d’ici. L’ensemble de sa carrière a été façonnée par le désir constant d’encourager le développement des connaissances et la diffusion de l’art moderne québécois. Il est indéniable que l’enthousiasme et l’expertise de cette femme seront bénéfiques à la renommée du Musée national des beaux-arts du Québec, au maintien de la qualité des collections nationales, mais aussi au public québécois.

Notes

(1) TRÉPANIER, Esther, «La peinture des années trente au Québec», Protée, vol. 17, n°3, automne 1989, p. 92.
(2) TRÉPANIER, Esther, Peinture et modernité au Québec, 1919-1939, Montréal, Éditions Nota Bene, 1998, p. 14-15.
(3) Ibid, p. 11.
(4) CHARETTE, Christiane, Christiane Charrette. http://www.radio-canada.ca/radio/christiane/modele document.asp?docnumero=64463&numero=1880 site consulté le 23 novembre 2008.
(5) MNBAQ, Le nouveau MNBAQ, un projet pour le XXIe siècle. http://www.mnba.qc.ca/agrandissement_projet.aspx site consulté le 23 novembre 2008.
(6) MASBOURIAN, Patrick, Vous êtes ici. http://www.radio-canada.ca/radio/vousetesIci/dossiers.asp?idDossier=106085 site consulté le 23 novembre 2008.

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