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La pensée critique en environnement: un besoin essentiel!

Publié le 1 mai, 2007 | Pas de commentaires
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Quelle habilité l’éducation environnementale devrait-elle favoriser? Ayant déjà cumulé un certain lot de connaissances dans le domaine, le citoyen moyen a maintenant besoin, pour les traiter pertinemment, de penser de façon critique! Le présent article expose l’importance de la pensée critique dans le domaine de l’environnement, mais aussi plus globalement comme condition sine qua non de la formation de citoyens responsables.

 I didn’t mean to bug you ( Je ne voulais pas t’emmerder)
Stephane St A Sh., I didn’t mean to bug you
( Je ne voulais pas t’emmerder)
, 2007
Certains droits réservés.

Un peu de théorie…

Une bonne définition du sens critique serait: «penser sur la pensée, lorsque nous pensons, dans le but de rendre meilleure la pensée(1)», ainsi que l’énonce Richard Paul. En ce sens, la pensée critique est une pensée logique et rigoureuse qui remet en question ses propres fondements (motivations, structures, etc.).

La pensée critique découle de l’interprétation responsable (production de sens) et de toute traduction responsable (préservation de sens)(2). Nous l’utilisons quotidiennement, que ce soit lorsque nous interprétons des faits ou des idées, que nous analysons des enjeux, que nous inférons des cas à de nouvelles situations ou encore lorsque nous auto-corrigeons nos propres schèmes de pensée.

Matthew Lipman, auteur du très inspirant volume Thinking in Education et maître d’œuvre de toute une philosophie de la pensée critique, définit le jugement comme la capacité à utiliser le savoir de façon appropriée. La pensée critique facilite le jugement et la comparaison, car, entre autres, elle repose sur des critères (règles ou principes). De cette manière, elle devient défendable et convaincante puisque les affirmations et les opinions sont soutenues par la raison(3).

À une époque où nous possédons une banque de savoir immense, la pensée critique est nécessaire pour gérer toute cette information. En effet, il devient dangereux de se fier sans raisonnement critique au savoir académique, éloigné de la réalité. Par exemple, n’avez-vous jamais été confronté à deux théories dites scientifiques et allant diamétralement à l’encontre l’une de l’autre? C’est alors la pensée critique qui aura guidé votre jugement en faveur de l’une, l’autre, d’un peu de chacune ou simplement d’aucune de ces théories. Prenons maintenant un cas où l’on encenserait les bienfaits de l’énergie éolienne – dans le cadre d’un cours, par exemple. Ce mode d’énergie renouvelable semble intéressant à prime abord, mais quels en sont les impacts sur la faune, les citoyens, le paysage? Comment et où doit-on ériger en priorité ces champs de moulins à vent? Que faire de leurs structures devenues des déchets lorsque désuètes? La pensée critique s’avèrerait également utile ici, pour resituer dans le contexte d’application particulier l’utilisation d’éoliennes.

Environnement et pensée critique

En environnement, la pensée critique est d’autant plus indispensable qu’il existe rarement de solution prescrite aux problématiques. Les connaissances relatives à l’environnement ne sont que partiellement utilisables et toujours incomplètes – l’environnement étant un domaine vaste et en perpétuel mouvement.

La capacité, la responsabilité et la motivation des acteurs à s’impliquer dans des problématiques futures dépendent de l’intégration des sentiments à la pensée critique, étape incontournable pour transformer une intention en action.

Responsabilité citoyenne

Alors que les défis sociaux sont de plus en plus complexes, les décideurs et les citoyens ont besoin d’une pensée critique développée au quotidien. Comme notre monde évolue continuellement, nous sommes constamment appelés à porter des jugements raisonnables auxquels ni notre raison, ni notre expérience ne nous ont préparés.

Une société démocratique qui souhaite éviter le conformisme et l’autoritarisme doit veiller à ce que ses citoyens pensent de manière flexible mais responsable(4). Il est donc important de ratisser tous les sujets avec la pensée critique, et surtout de couvrir le «savoir dangereux» qui questionne les intérêts et les opérations de certains groupes de la société. S’attarder au «savoir dangereux» consiste, sommairement, à tenter de découvrir les sources de biais d’une information donnée – parfois induites par l’informateur lui-même. Il est à noter que l’omission d’information est souvent aussi dangereuse qu’une information biaisée et c’est pourquoi le penseur critique se doit de rechercher cette information manquante. Autrement dit, un savoir manquant est un «savoir dangereux» au même titre qu’un savoir biaisé.

La pensée critique est non seulement indispensable à tout citoyen qui se veut éclairé et participant à la démocratie, mais, en plus, lorsque qu’elle mène à des solutions, elle nous somme de les mettre en application. Un des critères universels de la pensée critique est, en effet, la cohérence: des actions mal accordées aux idées formeraient une bien grosse bavure chez une personne critique!

La pensée créative et de sollicitude

Lorsque nous sommes confrontés à un problème réel, notre sens critique, mais également notre créativité et notre sollicitude, sont interpellés. Pour développer des solutions inédites aux problèmes nouveaux ou préexistants, la pensée critique doit être additionnée de créativité, d’imagination et d’originalité de la part des acteurs de la société(5). Cet aspect est malheureusement négligé dans plusieurs des cours universitaires traditionnels en environnement, dans lesquels on examine les possibilités d’actions déjà établies et où l’on cherche rarement de nouvelles approches et des solutions neuves.

Pensée critique et contexte québécois…

Enfin, la pensée critique aide à former des citoyens assurés, constants et logiques. Lors des élections provinciales québécoises, qui ont mené les citoyens aux urnes le 26 mars dernier, il fut remarquable de constater la superficialité des débats faisant les manchettes. En environnement, de petites mesures à l’emporte-pièce ont été proposées ici et là, mais le sens critique de l’électeur qui cherchait un véritable programme environnemental a dû être déçu par la majorité des partis.

Notes

(1)Nosich, Gerald M. 2001. Learning to Think Things Through : A Guide to Critical Thinking in the Curriculum. New Jersey: Prentice-Hall, 187 pp.
(2)Lipman, Matthew. 2003. Thinking in Education. Royaume-Uni: Cambridge University Press, 294 pp. – Ch. 10, p.205 à 230: Education for Critical Thinking
(3)ibid.
(4)ibid.
(5)ibid.

Autres sources intéressantes…

ERNST, Julie A. et Martha Monroe, 2004. «The effects of environment-based education on students’ critical thinking skills and dispositions toward critical thinking». Environmental Education Research, vol. 10 no.4, p. 507-522.
MOGENSEN, Finn, 1997. «Critical thinking: a central element in developing action competence in health and environmental education». Health Education Research, vol. 12 no.4, p. 429-436.

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