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La position canadienne envers le protocole de Kyoto

Publié le 1 octobre, 2007 | Pas de commentaires
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Que ce soit pour assouvir ses propres besoins énergétiques ou pour assurer celui de ses voisins du sud, le Canada s’est lancé dans une exploitation massive des sables bitumineux, exploitation aux conséquences écologiques désastreuses. En effet, la province albertaine détient d’importantes réserves qui promettent des milliards de dollars aux compagnies exploitantes, à l’Alberta ainsi qu’au Canada. Mais le coût environnemental de cette exploitation apparaît en totale contradiction avec le protocole de Kyoto, ratifié par le Canada.

Garçon triste de la pollution
dirtySpoon, Garçon triste de la pollution, 2007
Certains droits réservés.

L’exploitation accélérée des sables bitumineux constitue le principal enjeu de la politique énergétique du Canada quant à l’atteinte des objectifs du protocole de Kyoto. Les sables bitumineux sont la principale source d’émission de gaz à effet de serre (GES) au Canada et la raison de leur hausse. Avec tous les projets de développement des sables bitumineux actuellement en cours et approuvés par le gouvernement, la production de GES canadiens aura doublé d’ici 2012. Face à ce constat, on comprend mieux pourquoi le gouvernement conservateur de Harper et l’ex-ministre de l’Environnement Rona Ambrose, ont annoncé l’an dernier que le Canada repousse à 2050 ses objectifs de réduction de GES. L’actuel ministre de l’Environnement canadien John Baird, en poste depuis janvier 2007, ne s’est pas plus réconcilié avec le Protocole de Kyoto…

En fait, ce que l’on observe depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir, c’est l’interférence croissante du lobby des producteurs de pétrole sur la politique énergétique du Canada. Ces nouveaux rois du pétrole nord-américains, chefs de multinationales américaines et canadiennes, investiront plus de 125 milliards$ CA dans l’exploitation des sables bitumineux au cours de la prochaine décennie. D’ici 2015, les revenus des sables bitumineux devraient rapporter annuellement plus de 2,4 milliards $ CA au gouvernement de l’Alberta, et 3,5 milliards $ CA au gouvernement fédéral(1). Ces chiffres parlent d’eux-mêmes…

La ruée vers l’or noir albertain

Jusqu’au milieu des années 1990, les investissements dans les sables bitumineux étaient risqués et peu rentables, dû principalement au prix relativement bas du baril de pétrole sur le marché (autour de 30-35 $ US). Mais depuis, la forte demande mondiale en pétrole, propulsant le prix du baril au-delà de 70 $ US(2) a complètement modifié la donne.

L’exploitation des sables bitumineux est devenue une opération si rentable, qu’elle suscite un engouement sans précédent chez les promoteurs pétroliers du monde entier. En tenant compte des projets majeurs en cours et des investissements annoncés dans cette industrie, les experts évaluent qu’on triplera, en dix ans, la production actuelle de pétrole. Elle pourrait même quintupler si l’ensemble des projets à l’étude se réalisait. Au rythme de cette expansion phénoménale, on évalue que les réserves de sables bitumineux seront épuisées d’ici 50 ans, au mieux 80 ans. Les sables bitumineux de l’Alberta sont devenus le second gisement en importance d’hydrocarbure exploitable (après l’Arabie Saoudite) avec 15% des ressources mondiales en pétrole. C’est dire toute l’importance stratégique que revêt l’exploitation de cette ressource dans le contexte mondial actuel.

Le pétrole canadien dérivé des sables bitumineux a un potentiel élevé d’expansion sur les marchés: d’abord, saturation du marché intérieur canadien, puis augmentation de son volume d’exportations actuelles vers les États-Unis tout en élargissant ce marché à la Californie et, finalement, ouverture sur le marché asiatique pour combler la forte demande en pétrole des pays émergents comme la Chine et l’Inde. Les États-Unis représentent le principal marché d’exportation à développer, d’autant plus que le système de pipeline est déjà installé(3). Ce qui laisse présager un rapport de dépendance énergétique encore plus étroit entre les États-Unis et le Canada dans les années à venir.

Impacts environnementaux

Comparativement à l’extraction du pétrole conventionnel, l’extraction des sables bitumineux est cinq fois plus énergivore et génère trois fois plus d’émission de GES. C’est la ressource fossile la plus polluante et la plus énergivore qui soit et son l’exploitation est en parfaite contradiction avec les principes animant le protocole de Kyoto. Outre cet apport important en émission de GES, l’exploitation des sables bitumineux entraîne d’autres impacts environnementaux majeurs.

L’extraction des sables bitumineux nécessite une énorme quantité d’eau. Il faut en moyenne trois barils d’eau pour produire un baril de pétrole. Actuellement, l’eau utilisée provient de la rivière Athabasca, un affluent du Mackenzie. Les retraits en eau effectués par l’industrie bitumineuse s’élèvent à 140 millions de m3 annuellement, soit l’équivalent de la consommation en eau de 800 000 habitants, approximativement la population de la ville de Calgary. Pour mener à bien les nouveaux projets d’exploitation, il faudrait augmenter encore de 50% les prélèvements en eau dans la rivière, ce qui, selon une récente étude, est physiquement impossible sans mettre en danger l’approvisionnement en eau potable de la Saskatchewan et des Territoires du Nord-Ouest(4). Pour solutionner ce problème, on envisage le détournement de rivières secondaires et d’importants stockages d’eau dans des réservoirs.

Les eaux utilisées dans l’extraction du bitume sont grandement contaminées par des métaux lourds (méthane, arsenic, mercure) et ne sont donc pas retournées à la rivière. Ces eaux toxiques et nauséabondes sont plutôt stockées dans d’immenses bassins de décantation constituant ainsi un problème majeur pour la santé publique et l’environnement. Par ailleurs, l’infiltration des eaux de surface dans les sites d’enfouissement des déchets solides représentent également un risque de contamination de la nappe phréatique.

La déforestation, l’excavation du sol en profondeur, l’occupation du sol par des méga-usines de transformation et des infrastructures de transport (réseau de pipeline, routes, etc.), toutes ces activités ont des impacts irrémédiables sur l’environnement. D’autant plus qu’il n’y a aucune obligation légale pour les promoteurs de réhabiliter les terrains. Après avoir gravement perturbé les écosystèmes depuis dix ans, on observe aujourd’hui leurs effets négatifs sur la biodiversité: diminution de 10% des terres humides, disparition des tourbières et des plantes indigènes, réduction de l’habitat de la faune sauvage mettant en péril la survie de certaines espèces animales tel que le caribou des bois, le lynx, la martre et les oiseaux des bois.

Conclusion

Alors que l’heure est au protocole de Kyoto, le Canada se presse à exploiter le filon bitumineux. Le gouvernement canadien met ainsi tous ses efforts à renier ses engagements et à retarder l’atteinte des objectifs de Kyoto. Loin de lutter contre les changements climatiques, la politique actuelle du gouvernement Harper fait tout pour encourager l’industrie des sables bitumineux qui, en 2012, sera responsable de 50% des émissions canadiennes de gaz à effet de serre. L’enjeu actuel est complexe, mais peut être résumé simplement: des milliards de dollars de profits à court terme pour le lobby pétrolier nord-américain au détriment des conséquences du réchauffement planétaire pour les générations futures…

Notes (cliquer sur le numéro de la référence pour revenir au texte)

(1) La plupart des données empiriques de cet article proviennent d’une référence émis par l’Office National de l’Énergie du Canada (O.N.É.), [disponible en ligne] <http://www.neb.gc.ca>,
(2) Les prix du baril de pétrole ont ainsi dépassé leur plus haut niveau historique le 1/07/2007 dernier, Cf. article du Monde, <http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-941143,0.html?xtor=RSS-3208>
(3) En 2002, 63 % de la production de pétrole brut de l’Alberta était déjà exportée vers les É.-U. (source O.N.É.)
(4) Étude réalisée par la Sage Foundation et le Fonds mondial de la nature, section Canada. «La Saskatchewan pourrait manquer d’eau à cause des sables bitumineux», Le Devoir, 14 novembre 2006, [en ligne] <http://www.ledevoir.com/2006/11/14/122805.html>, consulté le 26 juillet 2007.

Pour de plus amples informations

Pembina Institute: <www.oilsandwatch.org>
Radio Canada: <http://www.radiocanada.ca/nouvelles/National/2007/01/17/003-Sable-Bitumineux-Can.shtml>
Pour observer l’exploitation des sables bitumineux depuis le ciel, aller sur <www.google.ca> Cliquer sur l’onglet Maps. Taper Fort McMurray. Se rendre à cette localisation. Passer en mode satellite en cochant l’onglet Satellite. L’exploration 3D peut alors commencer en jouant avec le zoom et en se déplaçant sur la carte satellite.

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