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Les déboires d’Éole…

Publié le 1 décembre, 2007 | Pas de commentaires
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Roméo Bouchard, ex-président de l’Union paysanne, a dirigé la réalisation d’un court livre paru cette année aux éditions Écosociété. L’éolien: pour qui souffle le ventexpose les causes des ratées des mégaprojets éoliens québécois et explique la réticence de la population québécoise à l’implantation de champs éoliens. La thèse principale: si les développements de projets éoliens s’étaient déroulés de façon plus respectueuse auparavant, ils recevraient aujourd’hui une meilleure acceptabilité sociale. Compte rendu de lecture et critique de cet ouvrage collectif.

Énergie éolienne
Mason Bryant, Énergie éolienne, 2007
Certains droits réservés.

Petit sommaire de la situation

Le parcours de l’implantation de cette énergie, à la suite de l’adoption de la stratégie énergétique du Québec en 2005, est peu reluisant. C’est du moins l’idée principale qui ressort de l’ouvrage de M. Bouchard1. Les régions, les municipalités et les MRC se sont trouvées face à des promoteurs privés, souvent étrangers, engagés par la société d’État Hydro-Québec et par le gouvernement pour exploiter nos ressources éoliennes à faible coût et en retirer un maximum de profits. Cette situation a eu pour effet d’engendrer significativement moins d’emplois locaux que si les compagnies étaient québécoises et d’empêcher des revenus engendrés par la transformation des ressources.

L’auteur déplore également le fait que les citoyens et agriculteurs touchés par les projets n’ont bénéficié d’aucune préparation et d’aucun soutien. Les indemnités offertes aux citoyens des régions rurales étaient inférieures à celles des citoyens de la métropole ou de l’Ontario pour l’installation des piliers sur leurs terres, alors que la qualité du vent y est supérieure. De surcroît, les petits projets communautaires n’ont eu aucune chance de concurrencer les mégaprojets. Certains projets furent également acceptés avant même d’aboutir au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement qui a pour mission d’«éclairer la prise de décision gouvernementale dans une perspective de développement durable2»!

Vers la réappropriation de notre vent

Le livre de M. Bouchard vante sans équivoque la réappropriation de notre vent, cette «richesse collective dont la mise en valeur doit contribuer équitablement au mieux-être des collectivités locales où il souffle3». Il se positionne contre le dépouillement de nos ressources par des entreprises privées et des mégaprojets industriels. Des auteurs de ce collectif suggèrent que la nationalisation de l’énergie éolienne pourrait éviter le développement anarchique vécu jusqu’à maintenant avec le secteur privé en Gaspésie et dans le Bas-du-Fleuve4. Surtout, le contrôle collectif de notre production d’électricité permettrait de «profiter de cette ressource naturelle, d’assurer notre sécurité énergétique et d’offrir des tarifs avantageux5». L’arrimage du réseau hydroélectrique, des lignes de transport et des parcs d’éoliennes serait aussi possible si Hydro-Québec était le seul responsable de notre énergie. Cependant, il est nécessaire que les profits générés puissent être un levier pour les régions en difficulté.

Le livre déplore que les compétences exigées pour la construction des éoliennes n’aient pas été développées ici et qu’on ait eu recours à des contractants étrangers, pour la majorité issus du secteur pétrolier ou de fonds de capitaux de risque. Ces compagnies ne possédaient souvent aucune qualification particulière: certaines ont justement profité de leur accord avec le gouvernement du Québec pour développer l’expertise nécessaire à la production d’éoliennes. De plus, on apprend que le choix des emplacements a créé des conflits entre les communautés et au sein de ces dernières. Des élus locaux auraient d’ailleurs accepté certains projets sans consulter la population, en échange de faveurs de la part des compagnies.

Pas uniquement propre, l’éolien!Bien que défenseurs du développement éolien raisonnable, les auteurs de ce livre ont la justesse d’identifier les impacts environnementaux négatifs de cette énergie verte. En effet, ils soulignent le fait que chaque éolienne utilise plusieurs centaines de tonnes de matériaux, que des huiles non biodégradables alimentent les générateurs et, enfin, que des phytocides servent à «nettoyer» des herbes et plantes indésirables les terrains où l’on érige les éoliennes6. Le déboisement mécanique et les huiles écologiques sont donc à encourager. De plus, des dommages sont causés aux sols par la construction et l’entretien des parcs (routes, aires d’entreposage). Les chantiers, la circulation et le fonctionnement des éoliennes produisent en outre de la pollution sonore. Bien que le fonctionnement des éoliennes ne dépasse jamais le niveau sonore d’une rue calme la nuit, il présente les désavantages d’être continuel, de produire des vibrations et de brouiller occasionnellement les ondes.

Comme on prévoit construire plusieurs centaines d’éoliennes, les effets visuels et environnementaux sont cumulatifs. Bien que ce type d’énergie soit plus propre que la plupart des autres types d’énergie et que ses impacts environnementaux soient limités, il est important de les éviter ou de les réduire, lorsque cela est possible. De surcroît, comme plusieurs champs d’éoliennes se dressent sur des terrains privés où les lois de protection de la faune et de son habitat sont difficiles à appliquer, il faut développer des outils de conservation environnementale plus efficaces.

Des améliorations en vue…

Différentes pistes de réflexions et de stratégies sont proposées par les auteurs afin de favoriser un développement éolien plus respectueux. D’abord, il n’est pas responsable, toujours selon les auteurs, de laisser les promoteurs choisir la localisation et la disposition des parcs. Un meilleur encadrement par le gouvernement et un service d’aide pour soutenir les initiatives de développement local liées aux énergies nouvelles s’imposent. C’est notamment ce que proposent de développer les Coopératives regroupées en énergie renouvelable du Québec et les Coopératives de développement régional.

Il est aussi nécessaire de mieux diffuser l’information, de mettre sur pied un plan stratégique de développement et de le renforcer par un cadre réglementaire adéquat. Si ces mesures ne passent pas par la nationalisation de l’énergie éolienne, une meilleure collaboration entre les entreprises privées (par des partenariats) et les collectivités est néanmoins incontournable. De plus, les appels d’offres qui favorisent nettement les mégaprojets privés difficiles à intégrer en milieu habité, qui ne laissent aucune chance aux petits projets locaux et qui produisent peu de retombées économiques dans les communautés locales, sont à repenser du tout au tout.

L’acceptabilité sociale passe aussi par la cohabitation harmonieuse avec l’ensemble des usages du territoire. Le choix de plus petits projets permettrait la réappropriation de la ressource par des coopératives de solidarité. Ce type de développement, associé à une plus grande dispersion des éoliennes, serait mieux accepté socialement (les bénéfices étant partagés entre un plus grand nombre de propriétaires) et s’intégrerait aussi plus facilement dans les paysages. Quant aux mégaprojets, Hydro-Québec pourrait les développer en aval et de concert avec les grands barrages hydroélectriques.

Comme la province désire devenir un leader mondial dans le domaine, la production de turbines faites au Québec est indispensable. L’installation d’un fabricant d’éoliennes ferait diminuer les prix, favoriserait l’emploi et développerait une expertise québécoise.

Enfin, pour reprendre les paroles de Gaétan Ruest, maire d’Amqui, il est temps de fournir les «efforts qu’exige la réappropriation d’un développement local basé sur la valeur ajoutée, le savoir et la connaissance!7».

Appréciation du livre

L’éolien: pour qui souffle le vent est bien conçu: il traite de la situation québécoise et la compare à celle de pays européens. Aussi, tout en exposant les causes d’échec de certains projets, il donne des exemples concrets de réussites et suggère des solutions afin d’éviter de reproduire les erreurs passées. Il offre une approche interdisciplinaire de la problématique: les aspects sociaux, économiques, environnementaux, politiques et historiques y sont tous présents.

Les points qui auraient pu être davantage élaborés se situent au niveau de la comparaison avec d’autres types d’énergie et de la source du problème énergétique au Québec. Effectivement, il aurait été intéressant de comparer l’énergie éolienne à l’énergie solaire, par exemple. La population devrait savoir quels sont les avantages et les inconvénients de chacun de ces types d’énergie, en termes de matériaux résiduels et réutilisables et d’efficacité énergétique selon les conditions québécoises. Enfin, il est mentionné que le Québec consomme per capita bien plus d’énergie que les pays européens. Toutefois, cette idée n’est pas suffisamment développée: il paraît néanmoins évident que la réduction de la consommation est le premier pas à franchir pour diminuer notre dépendance aux énergies fossiles, but ultime visé par le gouvernement dans sa conquête de l’éolien.

Notes (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)

1. BOUCHARD, Roméo, L’éolien: Pour qui souffle le vent?, Montréal, Les Éditions Écosociété, avril 2007, 126 p.
2. Bureau d’Audiences Publiques du Québec (BAPE), L’organisme. (en ligne) 1 page. (http://www.bape.gouv.qc.ca/sections/bape/organisme/). Consulté le 20 octobre 2007.
3. RUEST, Gaétan, dans BOUCHARD, Roméo, L’éolien : Pour qui souffle le vent?, Montréal, Les Éditions Écosociété, avril 2007, 126 p.
4. STE-MARIE, Gabriel et DUBUC, Pierre, dans BOUCHARD, Roméo, L’éolien: Pour qui souffle le vent?, Montréal, Les Éditions Écosociété, avril 2007, 126 p.
5. Ibid., 126 p.
6. BOUCHARD, Roméo, avec la collaboration du Conseil régional de l’environnement du Bas-St-Laurent, dans BOUCHARD, Roméo, L’éolien: Pour qui souffle le vent?, Montréal, Les Éditions Écosociété, avril 2007, 126 p.
7. RUEST, Gaétan, dans BOUCHARD, Roméo, L’éolien: Pour qui souffle le vent?, Montréal, Les Éditions Écosociété, avril 2007, 126 p.

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