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Bulgarie, Roumanie et UE : quelles perspectives économiques ?

Publié le 1 octobre, 2006 | Pas de commentaires
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L’élargissement de l’Union européenne (UE) aux pays d’Europe centrale et orientale a suscité maints questionnements politiques, économiques et sociaux. Il sera question, ici, de l’intégration prochaine, soit en janvier 2007, de la Roumanie et de la Bulgarie à l’UE. Le fait que ces deux pays possèdent une économie semblable aux pays du Sud invite à se pencher sur l’effet de cette intégration au plan économique. L’agriculture, qui constitue déjà un problème au sein de l’UE, rend les défis de l’Union d’autant plus grands. Quel avenir économique se dessine pour ces deux pays?

Expansive force
Leopoldo, Expansive force, 2006
Certains droits réservés.

Le 1er janvier 2007, l’Union européenne fera face à son sixième élargissement. Ainsi agrandie, elle comptera désormais 27 pays membres, en comparaison des six qui étaient présents lors de sa création. Anciennement sous le joug soviétique, la Bulgarie et la Roumanie réintègrent l’Europe. L’élargissement de l’UE aux pays d’Europe centrale et orientale suscite des interrogations au sein de la communauté intellectuelle quant à la pertinence d’élargir l’Europe sans la réformer. Toutefois, la question des défis économiques que ces pays en transition doivent affronter est occultée. La structure du commerce international de la Bulgarie et de la Roumanie pose problème pour le moment. L’Union va-t-elle leur permettre d’atteindre la croissance économique souhaitée? Présente-t-elle plutôt un avantage politique qu’économique?

Rappel historique et processus d’adhésion

Lors de la chute des régimes communistes dans les pays de l’Europe centrale et orientale en 1989, la Communauté économique européenne, devenue Union européenne en 1992, fait connaître son intention d’ouvrir les frontières à ses pays frères. Toutefois, la réintégration de ces pays exige une transition vers l’économie de marché. Le processus d’adhésion est structuré en 1993 sous le nom de «critères de Copenhague». Ces critères comprennent trois volets: politique, économie et acquis communautaire.

L’Union européenne utilise quatre instruments afin de mener à bien l’intégration des PECO. Les accords européens qui se constituent sous forme d’accords bilatéraux entre l’UE et les pays demandant l’adhésion sont signés en 1993 par la Roumanie et la Bulgarie. Ces accords permettent de faciliter les échanges commerciaux entre les signataires. Le deuxième instrument est la négociation bilatérale des 31 chapitres de l’acquis communautaire, dont la concurrence, la libre-circulation des marchandises et l’agriculture, qui concernent la présente analyse. Les deux autres instruments sont des soutiens financiers (SAPARD, PHARE, BERD) et institutionnels.

Afin de remplir les critères d’adhésion, une transition économique est nécessaire. La Bulgarie et la Roumanie tentent des réformes au cours des années 1990, sans succès. Selon Dusautoy (2001), la cause de l’échec de 1996-1997 est la suivante:

les gouvernements n’ont pas voulu axer leurs politiques économiques exclusivement sur la réduction des déficits publics, la lutte contre l’inflation ou la stabilité des taux de change, au détriment de la croissance, des niveaux de l’emploi et des revenus(1).

Après cet échec, les gouvernements bulgares et roumains entreprennent de sacrifier le volet social et la croissance économique du pays afin de remplir les critères de l’acquis communautaire. Le taux de chômage et l’inflation augmentent, la balance des paiements s’aggrave, mais ces pays convergent vers les règles communautaires de concurrence et d’intégration économique et monétaire. La transition remplit toutefois ses promesses d’adhésion.

L’Union européenne : un marché complémentaire?

Au niveau théorique, la transition vers l’économie de marché au sein de l’Europe amène les deux candidats à développer leurs avantages comparatifs(2). Le problème avec cette théorie est qu’elle ne prend pas en compte le fait que les économies ainsi intégrées peuvent être identiques, c’est-à-dire présenter un même avantage comparatif. Le cas des économies de la région méditerranéenne, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie voire de la France, démontre que la théorie ne peut être mise en application pour l’Union européenne, ces économies étant particulièrement agricoles. La question de l’intégration des PECO pose également problème dans la mesure où ces économies comportent des structures similaires.
Par ailleurs, les échanges au niveau européen sont marqués par la diversification des produits, contrairement à ce que la communauté intellectuelle attendait. Dupuch et El Mouhoub expliquent:

les pays de l’Union, au lieu de renforcer leur spécialisation internationale sur des branches industrielles particulières à mesure que progressait leur intégration économique et monétaire, ont tendu à diversifier leurs activités et à développer une spécialisation de type intrabranche, fondée sur des échanges de produits similaires mais différenciés par la qualité(3).

Le problème est particulièrement marqué pour les PECO, car ceux-ci disposent d’une économie fondée sur les matières premières et les produits semi-finis, ce qui ne laisse pas une grande marge de profit au terme de l’échange(4).

La Bulgarie et la Roumanie : une économie du Sud?

Au-delà de l’aide conjoncturelle accordée par les programmes de l’UE tel le programme PHARE qui accorde annuellement, en moyenne, 100 millions d’euros à la Bulgarie et 242 millions d’euros à la Roumanie(5), ces deux pays ont connu une croissance du PIB remarquable au cours des quatre dernières années. En effet, le PIB a presque doublé pour les deux pays candidats. Toutefois, au regard de la structure des échanges, ils présentent des caractéristiques d’économie du tiers-monde. Les exportations de produits primaires et de produits manufacturés de base représentent 52% des exportations roumaines et 47% des exportations bulgares(6). Leurs importations sont diversifiées, mais en perdant dans les termes de l’échange, l’écart en valeur se creuse et ces pays aggravent leur balance de paiements, qui s’avère négative. Pratiquant essentiellement des échanges avec des pays de l’UE, leur économie développe un rapport nord-sud avec l’Union. La Roumanie et la Bulgarie importent des produits manufacturés et des biens d’équipements en échange de matières premières et de produits semi-finis.

En plus de ces problèmes, l’UE fait elle-même face à des défis en intégrant les PECO. En effet, la question de l’agriculture présente une difficulté dans la mesure où ces pays qui bénéficient d’une agriculture développée doivent s’imposer une surcharge au chapitre des dépenses de la politique agricole commune (PAC), qui représente actuellement 90% des dépenses communautaires. L’agriculture compose 15,5% du PIB de la Roumanie et 17,3% du PIB de la Bulgarie(7). Déjà en surproduction, l’UE se voit obligée d’instaurer des quotas de production. De plus, la spécialisation intrabranche de même que l’échange de produits similaires mais de qualité différente mettent en lumière un réel problème agricole pour la Roumanie et la Bulgarie. En effet, leur économie repose présentement sur les produits de base dont font partie ceux de l’agriculture. Alors, quel est leur avenir économique au sein de l’UE?

En qualité d’historienne, l’auteure se refuse à émettre un pronostic sur la situation future de ces deux pays. L’intégration à l’UE est un acte politique incontournable pour la reconnaissance du caractère européen de ces deux pays. L’aide de transition accordée par les pays ouest-européens a sans contredit permis à la Roumanie et à la Bulgarie d’intégrer une économie de marché. La question des échanges inégaux constitue une problématique palpable, dans ces deux pays, avant même leur intégration à l’UE. Avec les problèmes que connaît l’UE aux points de vue agricole et budgétaire, permettra-t-elle à ces deux pays de normaliser leur économie?

Notes

(1) Marc DUSAUTOY. «L’Europe orientale: quelle transition pour quel élargissement?». 2001. Dans L’élargissement de l’Union européenne: Quels enjeux? Quels défis?, sous la direction d’Élisabeth du Réau. Paris, Presse de la Sorbonne nouvelle, collection Espace européen, 2001, p. 28.
(2) La théorie des avantages comparatifs stipule qu’en intégrant les économies nationales dans un commerce international, celles-ci développeront automatiquement le secteur d’activité dans lequel elles excellent au détriment de leurs secteurs non compétitifs.
(3) Sébastien DUPUCH et Mahoud EL MOUHOUB. «L’intégration européenne a-t-elle renforcé la spécialisation industrielle des États-membres ?». Le nouvel état de l’Europe: les idées-forces pour comprendre les nouveaux enjeux de l’Union. Paris, La Découverte, 2004, p. 140.
(4) Le terme de l’échange se calcule par le ratio de la valeur du produit exporté sur le produit importé. Ce calcul fait référence à la théorie selon laquelle plus une matière subit une transformation, plus elle gagne en valeur. Par exemple, une automobile a une valeur plus élevée qu’une tonne de café. Ainsi, le pays producteur de l’automobile est avantagé dans les termes de l’échange.
(5) Jean-Joseph BOILLOT. L’Union européenne élargie: un défi économique pour tous. Paris, La Documentation française, 2003, p. 28.
(6) Gouvernement de France, DGTPE. Statistiques – Roumanie et Bulgarie. (2005) [En ligne], 12 p. http://www.dree.org. Consulté le 29 août 2006.
(7) Jean-Joseph BOILLOT, op. cit., p. 164.

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