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Entreprise éthique: mystification ou démarche sincère?

Publié le 1 mars, 2009 | Pas de commentaires
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L’éthique en général, et l’éthique d’entreprise en particulier, se trouve désormais au centre des discours mais aussi des réflexions et de plus en plus au cœur de l’action dans le monde de l’entreprise. Toutefois, certaines entreprises utilisent avant tout la notion d’éthique, dans le cadre d’une stratégie de communication, avec des arrière-pensées de marketing et une absence de sincérité en totale contradiction avec le message qu’elles veulent faire passer.


Justin Baeder, 2006Certains droits réservés.

L’association EthiCum1 est née en 2002 de la volonté de quelques responsables de milieux socio-économiques d’identifier et de récompenser des entreprises qui mettaient la dimension humaine au cœur de leurs préoccupations. Dans l’après foire aux entreprises de la Nouvelle économie, avec ses gâchis financiers et surtout ses conséquences humaines désastreuses, EthiCum voulait indiquer la voie de l’exemplarité par la remise d’un trophée à des entreprises de toutes tailles oeuvrant dans toutes les sphères d’activités.

Au départ, il était question dans ce projet d’éthique en entreprise, puis il fut question d’entreprise éthique. Là résida sans doute l’erreur. Croire qu’une entreprise ayant intégré des principes éthiques2 à son fonctionnement et à son développement suffisait à l’identifier comme «entreprise éthique» s’avéra hélas procéder d’une grande naïveté!

Une entreprise éthique pour la communication et non pour l’exemple

Certaines des entreprises qui ont concouru ont bien compris l’intérêt qu’elles pouvaient retirer à se faire estampiller «entreprise éthique». Cet étiquetage s’inscrivait dans leurs actions de communication et de marketing et servait à développer leur notoriété et, partant, leurs affaires, ou encore à se construire ou reconstruire une image inexistante ou détériorée en confondant «business ethics» et éthique business. Ce qui était compatible avec l’idée initiale de reconnaissance des «meilleurs», avec le bénéfice de la présomption de bonne foi, a pu être perverti.

Développer une «démarche éthique», même au travers d’un souci exprimé – au demeurant louable et respectable – d’être socialement responsable vis-à-vis de ses «parties prenantes», a semblé pouvoir exonérer certains dirigeants de faire montre de clarté sur leurs intentions réelles, qui ne se sont finalement pas avérées sincèrement «éthiques».

L’éthique d’entreprise: d’abord le choix individuel d’un dirigeant

L’éthique d’entreprise s’inscrit d’abord dans la liberté personnelle d’agir et dans les choix individuels du principal dirigeant. Elle se fonde sur des valeurs qui se veulent collectives et, si possible, universelles, avec en priorité une volonté d’être au service de l’homme, du «bien commun» et de la société dans son ensemble, au-delà des intérêts de l’entreprise et, bien sûr, de ceux du dirigeant ou d’une seule de ses parties prenantes.

Partant de cette idée, une personne morale ne peut donc exercer ce type de choix qui revient exclusivement à des personnes physiques et en particulier aux chefs d’entreprise. Ces chefs d’entreprise se doivent de porter et d’exprimer clairement les valeurs reflétant leurs intentions véritables et leurs engagements qui se vérifieront, à terme, dans leurs faits et comportements et non pas seulement en termes de management et de fonctionnement de l’entreprise.

Cela sous-entend-t-il qu’un chef d’entreprise qui voudrait que son entreprise devienne «éthique» doive en négliger les intérêts dans une sorte d’«angélisme philosophique» déconnecté des réalités? Bien sûr que non!

Éthique et profit ne sont pas contradictoires

Tout comme il ne sert à rien d’être en bonne santé si l’on est mort, une entreprise non profitable, et donc sans capacité de développement, est vite hors jeu et ne sera pas éthique bien longtemps. De plus, la démarche éthique dans laquelle une entreprise est engagée, par la volonté et le volontarisme de son dirigeant, est porteuse de valeurs y compris économiques.

Il peut être tout à fait approprié de dire «ethic pays», mais il y a éthique et éthique, la différence essentielle résidant dans l’intentionnalité autour du «pourquoi» j’agis ainsi et non du «pour quoi» je fais cela; le «pour quoi» en deux mots est tourné vers l’action ou le résultat, alors que le «pourquoi» en un mot est tourné vers la réflexion, l’intention (sincère), la motivation (réelle), qui ne sont pas du même ordre et qui distinguent un management qui veut s’afficher «responsable» de celui qui se veut sincèrement «éthique».

Peu de chefs d’entreprises, grandes, moyennes ou petites, ont compris que faire ce «grand écart» apparent entre démarche éthique et profits indispensables, entre morale sans moralisme et développement nécessaire n’est ni douloureux ni dangereux mais s’avère au contraire un exercice bénéfique de réflexion. Il constitue également un challenge permettant d’ajouter au bon sens entrepreneurial une volonté de «donner du sens» à son engagement d’entrepreneur et/ou de dirigeant. Le retour sur investissement va bien au-delà du simple et pur avantage économique, même s’il doit aussi être économique.

Les chefs d’entreprises qui ont compris le sens et l’intérêt d’entamer une démarche éthique sont encore minoritaires, mais les choses évolueront comme ce fut le cas pour la qualité. Les chefs d’entreprises qui s’engagent dans une démarche éthique sincère sont les pionniers du développement économique responsable et durable. Ils pourront former une élite de leaders dont la double particularité sera d’être identifiés à la fois comme éthiques et comme humbles, ce qui ne veut pas dire faibles, car il faut se souvenir que «humble» prend sa racine étymologique dans «humus», l’«humus» qui permet le développement d’arbres solidement enracinés et qui fournit les plus beaux fruits.

Notes (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)

1. EthiCum est une association pour la promotion de l’éthique d’entreprise et des affaires, fondée et présidée par Philippe Caner, homme d’entreprise (Dirigeant, créateur puis maintenant conseil) et professeur à l’Université de Nice Sophia Antipolis:<http://www.ethicum.org – www.ethiblog.info>
2. En l’occurrence, sur la base de la Responsabilité Sociale et Environnementale des Entreprises (R.S.E.), un concept de la famille du Développement Durable qui prend en compte l’entreprise dans sa relation avec ses parties prenantes directes (salariés, clients, fournisseurs, actionnaires, etc.) et indirectes (La collectivité, les pouvoirs publics, etc.) ainsi que les questions écologiques et environnementales.

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