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Conférence d’André Caillé: les grands défis énergétiques mondiaux

Publié le 1 août, 2007 | Pas de commentaires
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Dans le cadre de la 6e journée de la recherche de l’École Polytechnique de Montréal, l’actuel président du Conseil mondial de l’énergie, André Caillé, a exposé sa vision des grands défis énergétiques mondiaux pour les cinq prochaines décennies. Le principal défi: augmenter la production énergétique mondiale de 50% d’ici 2050, surtout dans les pays en voie de développement afin de les rendre plus compétitifs au sein de l’économie mondiale et de les sortir de la pauvreté. Autre défi majeur: diminuer la production de gaz à effet de serre (GES). À ce titre, M. Caillé nous propose six moyens de maintenir le niveau de GES à son niveau actuel durant les 50 prochaines décennies.

 Suncatcher - L’homme capteur de soleil
Louise . alias aussiegall, Suncatcher –
L’homme capteur de soleil
, 2007
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Parmi les défis mis de l’avant par André Caillé, celui d’augmenter de 50% la production d’énergie sans affecter le climat d’ici 2050 demeure le plus important. En effet, 1,2 milliard de personnes vivent actuellement sans électricité, ce qui représente un obstacle notable à la création de la richesse dans certains pays. Selon M. Caillé, la situation actuelle est inéquitable pour les pays en voie de développement et il s’agit d’une cause majeure de terrorisme.

Lors de son exposé, M. Caillé a abordé deux points essentiels concernant les ressources naturelles et l’augmentation de la production énergétique.

Possédons-nous suffisamment de ressources pour répondre à la demande mondiale?

Oui, jusqu’en 2050. La planète possède des réserves suffisantes en combustibles: 50 ans de réserve de pétrole, 75 ans de réserve de gaz naturel, 100 ans de réserve de charbon et 1000 ans de réserve d’uranium.

Pour ce qui est de l’énergie renouvelable, il est possible de doubler et même de tripler la production mondiale actuelle d’énergie. À titre d’exemple, le Congo possède un potentiel hydroélectrique gigantesque et actuellement inexploité. Le projet de barrage Inga IV sur le fleuve Congo possède à lui seul un potentiel hydroélectrique d’environ 37 000 mégawatts, ce qui représente le double de la production totale du Québec qui compte 7 millions d’habitants. La production d’Inga IV suffirait donc à alimenter 14 millions de personnes ayant un mode de vie occidental et une industrie moderne; un gain significatif pour l’Afrique. Une autre source d’énergie sera potentiellement au point d’ici quelques décennies: la fusion nucléaire, qui promet la production d’électricité à bas prix sans déchets radioactifs.

Selon André Caillé, la répartition non uniforme de la production énergétique à l’échelle mondiale constitue actuellement un problème majeur. Le conférencier préconise des politiques énergétiques régionalisées et même mondialisées. Pour soutenir ses propos, il a d’ailleurs critiqué les opposants à la construction de ports méthaniers sur les rives québécoises du fleuve Saint-Laurent au Canada. Le Québec n’a pas besoin de gaz naturel. Toutefois, le gaz naturel pourrait être acheminé vers les États-Unis où de vieilles usines au charbon désuètes produisent encore aujourd’hui de l’électricité tout en libérant des quantités importantes de gaz à effet de serre.

Quant au continent africain, M. Caillé a affirmé que la priorité de l’aide au développement est la construction du barrage hydroélectrique Inga IV au Congo. Le conférencier a d’ailleurs mentionné que le Conseil mondial de l’énergie applique actuellement une pression sur le G8 afin qu’il assume le risque financier de la construction de la centrale, l’instabilité politique étant jugée trop importante par les bailleurs de fonds. Ceci représenterait un véritable acte pour le développement de l’Afrique qui lui permettrait de se développer.

Pouvons-nous augmenter la production énergétique sans affecter le climat?

Oui. Toutefois, si rien n’est fait, les prévisions actuelles statuent que la quantité de carbone libéré dans l’atmosphère passera de 9 gigatonnes, comme c’est actuellement le cas, à 15 gigatonnes d’ici 2050, ce qui se traduira par une possible hausse dramatique de la température. Le conférencier a donc proposé six moyens qui permettent de réduire d’un gigatonne chacun la quantité de carbone libéré annuellement dans l’atmosphère de sorte qu’elle soit ainsi maintenue à son niveau actuel.

1. Investir dans l’efficacité énergétique (- 1 Gt)

M. Caillé préconise la mise en place d’incitatifs pour l’achat d’appareils moins énergivores. Il a mentionné également que les programmes qui envoient les vieux appareils provenant des pays occidentaux aux habitants des pays en voie de développement (notamment en Afrique) annulent en quelque sorte l’effet bénéfique de l’achat d’appareils plus efficaces.

2. Investir dans le transport en commun en milieu urbain (- 1 Gt)

La hausse du nombre de voitures en ville a plusieurs effets néfastes sur la santé des habitants et sur l’esthétique des milieux urbains. Les villes doivent développer des transports en commun conviviaux et fiables pour convaincre les automobilistes d’abandonner leurs voitures. M. Caillé affirme que le seul moyen de réduire le nombre d’automobilistes est de rendre le transport en commun plus attrayant que la voiture, ce qui est actuellement loin d’être accompli.

3. Investir dans les technologies de combustion propre du charbon (- 1 Gt)

Selon M. Caillé, l’abandon du charbon dans la production électrique n’est pas réaliste. De plus, les réserves de charbon sont parmi les plus abondantes (environ 100 ans de réserve) et cette ressource est utilisée de manière exhaustive aux États-Unis et en Chine (les États-Unis produisent 52% de leur électricité avec du charbon). Les usines utilisées aux États-Unis sont toutefois très âgées et devenues obsolètes d’un point de vue environnemental. Les usines plus récentes sont beaucoup plus propres et la recherche scientifique pourrait améliorer davantage leur performance.

4. Investir dans le nucléaire (- 1 Gt)

Le conférencier a souligné que la planète devra doubler la production d’électricité à partir de la fission d’uranium, qui ne produit aucun gaz à effet de serre. Les réserves d’uranium sont énormes (environ 1000 ans de réserve) et la crise climatique actuelle requiert un réinvestissement dans cette filiale.

5. Utiliser davantage de gaz naturel (- 1 Gt)

Le gaz naturel devrait être utilisé davantage comme combustible pour remplacer les vieilles centrales thermiques désuètes et très polluantes.

6. Investir dans les énergies renouvelables (- 1 Gt)

Le potentiel des énergies hydroélectrique, éolienne et solaire n’est pas suffisamment exploité dans le monde et nous ne faisons que découvrir les vertus de ces formes d’énergie: un investissement est nécessaire.

André Caillé croit-il à la taxe sur le carbone pour la mise en œuvre de ce plan? Pas du tout, affirme-t-il. Il juge que la tentative européenne démontre l’inefficacité de la taxe carbone. Il affirme également qu’une taxe sur le carbone est transférée aux consommateurs et n’affecte pratiquement pas les politiques d’entreprises. Il préconise plutôt le maintient de forts prix pour l’énergie et de nouveaux investissements pour la recherche et le développement de nouvelles énergies.

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