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L’ABC de l’AVC

Publié le 1 décembre, 2006 | 1 commentaire
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Trois lettres qui en disent plus long si on déroule l’acronyme : accident vasculaire cérébrale. (Au Québec, on trouvera aussi ACV pour accident cérébrovasculaire). Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un accident vasculaire cérébral se produirait toutes les 5 secondes dans le monde. Or, une étude récente révèle que des individus symptomatiques peuvent vivre des événements cérébrovasculaires sans les détecter. Mais s’ils les détectaient, pourraient-ils prévenir un AVC plus violent? Certainement, puisque, à la suite du diagnostique d’un médecin, ils pourraient subir un traitement préventif qui réduirait les risques de récidive.

 Brainstorm
Vinay G, Brainstorm , 2005
Certains droits réservés.

L’accident vasculaire cérébral, comme son nom le laisse supposer, est un problème de la circulation sanguine au niveau du cerveau. Une hémorragie (environ 20% des cas) ou la présence d’un caillot (environ 80% des cas) dans un vaisseau irrigateur privent de nutriments et d’oxygène une région cérébrale. Selon la région affectée, on ressentira soudainement (parfois temporairement) un symptôme qui ne doit pas être pris à la légère. La Fondation des maladies du cœur (1) décrit cinq signes avant-coureurs :

Faiblesse Perte soudaine de force ou engourdissement soudain au visage, à un bras ou à une jambe, même temporaire.
Trouble de la parole Difficulté soudaine d’élocution, de compréhension ou confusion soudaine, même temporaire.
Trouble de vision Problème de vision soudain, même temporaire.
Mal de tête Mal de tête soudain et intense.
Étourdissement Perte soudaine de l’équilibre ou problème de coordination, ou encore, étourdissement subit.

L’accident qui ne laisse pas de séquelle s’appelle l’accident ischémique temporaire (AIT) c’est, en quelque sorte, un AVC qui dure moins de 24 heures. Pourtant, il représente, dans 10-15% des cas, un signe de danger d’AVC dans les 3 mois qui suivent, mais généralement dans les 48 heures suivantes. Le 12 octobre dernier, à la suite d’un malaise, l’auteur-compositeur-interprète québécois, Jean-Pierre Ferland, se rendait à l’hôpital. Le diagnostic des médecins a confirmé qu’il a souffert d’un AIT. Pour réduire les risques de récidive ou même d’un AVC, il a été opéré.

Or, les symptômes parfois temporaires n’inquiètent pas toujours suffisamment les gens qui les subissent de sorte que l’accident n’est même pas diagnostiqué. C’est d’ailleurs ce que révèlent les travaux menés par Virginia J. Howard et d’autres chercheurs (2) affiliés à des universités, des hôpitaux et des centres de recherches médicales de l’Alabama et de l’Arkansas. Ils ont considéré 18 462 participants, dont l’âge moyen était de 65,8 ans, qui n’avaient rapporté aucun AVC ni AIT. Les principales informations recueillies lors de cette étude concernent les symptômes d’AVC évalués à partir d’un questionnaire. Les résultats révèlent que la prévalence d’un symptôme ou plus est de 17,8%. Ces événements non diagnostiqués ou non reconnus peuvent avoir des impacts importants sur les fonctions cognitives et sur la personnalité en plus d’être de potentiels annonciateurs d’AVC à venir.

Il ne fait aucun doute que la prévention est nettement préférable au traitement qui peut mener à de lourdes interventions, telle la chirurgie. De plus, un AVC peut produire des séquelles importantes généralement surmontables après plusieurs mois de réadaptation. En cas d’AVC, le médecin doit promptement en déterminer le type et, pour se faire, il a recourt au scanner (tomodensitomètre, CT-Scan) ou à l’imagerie par résonance magnétique. Plus récemment, le CT Perfusion ou tomodensiomètre de perfusion permet de mesurer le débit sanguin cérébral. Cet instrument d’imagerie diagnostique, développé d’abord par le professeur et chercheur M. Ting-Yim Lee (3) puis en collaboration avec le secteur privé, produit des images plus claires qui montrent plus de détails dans les parties du cerveau endommagées par l’arrêt de l’apport sanguin artériel dans un tissu ou un organe. De ce fait, il est pour les neuroradiologues et les autres experts, l’outil idéal pour adapter le traitement en fonction des dommages causés au cerveau.

Si la cause de l’accident est un caillot, un «agent dissolvant de caillot», c’est-à-dire un médicament thrombolytique (tPA- tissu plasmingen activator), pourra être administré dans les 3 heures suivant l’apparition des symptômes. Si la cause en est hémorragique, une intervention chirurgicale sera nécessaire pour drainer le sang accumulé et réparer les vaisseaux sanguins rompus. On aura aussi recourt à une opération pour retirer des plaques de cholestérol (plaque athéromateuse) ou des caillots sanguins qui peuvent se loger dans les artères carotides. Les interventions non chirurgicales, encore nouvelles et parfois expérimentales, consistent à introduire un long tube étroit et souple (un cathéter) dans les vaisseaux sanguins ou dans le cerveau. Cette approche permet, dans certains cas, d’enlever des dépôts de plaque des artères et de traiter les anévrismes (fragilité des parois des artères qui induit une dilatation locale de l’artère). Le cathéter permet aussi d’aller poser une endoprothèse vasculaire , qui sert à restaurer le diamètre de l’artère.

Pour diminuer les risques d’avoir à subir un tel accident et le long rétablissement qui s’en suit, il faut bien s’alimenter, bouger, se détendre et bien respirer pour garder ses vaisseaux sanguins en bon état et maintenir un taux de cholestérol faible. La haute pression artérielle, l’âge croissant, le tabagisme, le diabète et le stress sont les principaux facteurs de risque d’AVC. Fait intéressant : les premières lésions artérielles apparaissent aussi tôt qu’à 25 ans. On ne peut les réparer, mais il est possible de réduire leur progression. Ces accidents changent les vies; malgré les séquelles, le cerveau peut apprendre à compenser, c’est pourquoi la réadaptation doit débuter dès que possible.

On apprenait au mois de juin dernier que le gouvernement ontarien (Canada) a investi 5 millions de dollars canadiens dans un nouveau centre de recherche et de traitement des accidents cérébro-vasculaires. «Le centre, une première à l’échelle mondiale dans ce secteur, luttera contre les lésions subies après un accident vasculaire cérébral et sera un atout précieux pour le secteur des soins aux victimes d’un accident vasculaire cérébral» a déclaré le premier ministre de l’Ontario, M. Dalton McGuinty.

Au quatrième rang parmi les causes de décès au Canada, l’AVC demeure malgré tout plus ou moins connu des gens. Paradoxalement, le plus important afin d’accroître les chances de survie ou diminuer les dommages subséquents pour soi ou pour toute autre personne frappée d’ AVC est d’identifier rapidement les symptômes et même d’appeler l’ambulance en cas de doute. Au dire de l’OMS, un accident vasculaire cérébral se produirait toutes les 5 secondes dans le monde. Cette statistique devrait convaincre tout un chacun d’en apprendre un peu plus sur cette affection de manière à pouvoir réagir si elle frappe une personne de son entourage. Après Jacques Chirac il y a plus de deux ans, M. Ferland récemment…

Notes

(1) Fondation des Maladies du Coeur [en ligne]. < http://ww2.fmcoeur.ca >. Consulté le 11 novembre 2006.
(2) Virginia J. HOWARD, Leslie A. McCLURE, James F. MESCHIA, LeaVonne PULLEY, Sean C. ORR et Gary H. FRIDAY. «High Prevalence of Stroke Symptoms Among Persons Without a Diagnosis of Stroke or Transient Ischemic Attack in a General Population». Dans le Archives of Internal Medicine, vol. 166, no. 18, 2006, p. 1937.
http://archinte.ama-assn.org/cgi/content/abstract/166/18/1952
(3) Professeur à l’Université Western Ontario et chercheur à l’Institut de Recherche en Santé Lawson et à l’Institut de Recherche Robarts à London, en Ontario
Voir aussi : Egertson, Laura. (2006) An academic and industry partnership transforms the treatment of stroke. [en ligne]. < http://www.innovationcanada.ca/23/en/articles/therapy.html >. Consulté le 11 novembre 2006.

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Commentaires

One Response to “L’ABC de l’AVC”

  1. DASUMAL
    août 18th, 2010 @ 08:51

    Je demande à la recherinternationale de bien vouloir m’informer des remèdes sur mon AVC subi le 10 novembre 2008 : côté gauche paralysé et que la parole .J’ai 65 ans mon poux bat à 50 coups à la minute .M’informer SVP de toutes faisabilités pour le traitement . Merci d’avance .

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