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Que seraient les technologies sans la guerre?

Publié le 1 octobre, 2007 | Pas de commentaires
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Depuis l’antiquité, nombreux furent les différents entre empires, royaumes et États qui se soldèrent par un conflit armé. Le pouvoir et dans certains cas la survie de ces derniers reposa principalement sur leur capacité à se défendre par les armes. Les dirigeants comprirent très vite que la victoire de leurs forces armées passait, entre autres, par une suprématie technologique. Les structures de recherche et de formation de l’élite scientifique (universités et écoles d’ingénieurs) furent mises en place pour supporter le développement de technologies militaires.


Alan alias polyg0o, , 2005
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La guerre s’est servie des technologies depuis ses tous débuts. La première tribu à utiliser un lanceur plutôt qu’un javelot avait obtenu un avantage certain sur ses adversaires. Mais le développement technologique n’a rien à voir avec la découverte scientifique. Pendant très longtemps, les avancées technologiques ont été le résultat de nombreuses tentatives assorties d’erreurs. Les premiers ingénieurs n’étaient en fait que des artisans doués, porteurs d’un savoir-faire exceptionnel. Formés dans de petits laboratoires indépendants, d’abord apprentis puis porteurs du génie de leur maître, ils voyageaient de ville en ville en offrant leurs services au plus offrant.

Pour pallier ce manque de stabilité et pouvoir établir de manière durable sa supériorité technologique, la France institutionnalisa la gestion de ses ressources scientifiques en créant l’Académie des sciences. Ce fut la première nation à scolariser ses ingénieurs. L’École du génie de Mézières proposait un concept tout à fait nouveaux: un concours d’entrée reposant sur des connaissances scientifiques, principalement en mathématiques, permettant d’accéder à une formation de haut niveau qui se concluait par la possibilité d’entrer dans l’Ordre des ingénieurs(1). Ce schéma de formation est aujourd’hui répandu dans le monde universitaire.

La science… savoir technique et savoir scientifique

Le domaine des technologies relève de la science appliquée, du savoir-faire. Le savoir scientifique, au sens de la recherche fondamentale, mobilise quant à lui l’analyse rationnelle dans la quête d’une meilleure compréhension du monde. Longtemps tenus à l’écart l’un de l’autre, ces deux aspects de la science se côtoient davantage aujourd’hui. Si la science et les réflexions qu’elle suscite se sont toujours nourries de l’expérience pratique, le niveau de complexité qu’ont atteint les théories scientifiques au cours du dernier siècle requière désormais l’emploi de technologies de plus en plus pointues. L’investissement nécessaire à la réalisation d’expériences capables d’évaluer la valeur des nouvelles théories scientifiques est considérable. La guerre et son industrie, en institutionnalisant les instituts de recherche technologiques, contribuent de manière indirecte à l’essor des sciences(2).

Les besoins et la guerre… la guerre et les besoins

Les technologies répondent toujours à un nouveau besoin; elles apportent une réponse technique à un problème spécifique. Mais les besoins des scientifiques ne sont pas toujours pris en compte et les moyens financiers et matériels nécessaires à la poursuite des recherches sont rarement alloués dans l’unique but de faire progresser le savoir et la science. Au contraire, l’investissement de ressources est généralement réalisé dans l’optique de répondre à un besoin précis de la société.

La Seconde Guerre mondiale, en créant de nouveaux problèmes, fut une période des plus fructueuses en terme de nouvelles technologies et ce bien au-delà du développement de nouvelles armes. Ainsi, les radars créés pour détecter les avions ennemis et les avions à réactions permettant de se déplacer plus loin et plus rapidement ont permis le développement de l’avion commercial tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les moyens de communication actuels sont également nés au cours de cette période. En effet, la cryptographie, c’est-à-dire le traitement de signaux pour convoyer de l’information, a amené des mathématiciens à créer durant la Deuxième Guerre le précurseur de l’ordinateur que nous utilisons maintenant. Les recherches et les expérimentations effectuées sur les champs de batailles pour soigner les soldats ont aussi conduit à la découverte d’agents anti-infectieux et de techniques médicales utilisées quotidiennement de nos jours. Dans le domaine de la chimie, l’embargo contre l’Allemagne nazie a poussé les chimistes du régime à découvrir et à perfectionner des produits de synthèse pour subvenir aux besoins quotidiens de la population. Enfin, la conquête spatiale américaine doit beaucoup au programme allemand de développement de fusées(3).

Science et armement

L’armée, en institutionnalisant son rapport avec la communauté scientifique, a permis d’optimiser en sa faveur l’efficacité de la recherche. En offrant au domaine scientifique les moyens et les structures performantes dont il a besoin, elle a permis de réaliser de grands défis technologiques. Depuis longtemps et encore aujourd’hui les scientifiques font affaire avec le domaine militaire, le plus généreux des mécènes. Dans ces circonstances, il est à craindre que les scientifiques perdent le contrôle quant à l’utilisation de leurs découvertes.

Notes (cliquer sur le numéro de la référence pour revenir au texte)

(1) Voir le numéro de La Recherche « La science et la guerre, 400 ans d’histoire partagée » (avril-juin 2002).
(2) <http://www.ac-creteil.fr/acl/domaines/Dossiers-Pedagogiques/Science-et-guerre.pdf> (Page consultée le 25 septembre 2007)
(3) <http://www2.cnrs.fr/presse/thema/209.htm> (Page consultée le 25 septembre 2007) et <http://members.aol.com/_ht_a/bobalien99/moonapollo.htm> (Page consultée le 25 septembre 2007).

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