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Téléphone portable ? Ne perdons pas le fil…

Publié le 1 février, 2009 | Pas de commentaires
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Téléphone portable: nocif ou pas ? En ce début d’année 2009, la polémique n’est pas prête de “se mettre en veille” avec la sortie, tant attendue, des résultats de l’étude internationale INTERPHONE.

Mysterious waves
TW Collins, Mysterious waves, 2007
Certains droits réservés.

Le portable est-il réellement nocif? Si oui, sommes-nous en mesure de quantifier ce danger? Que faire et avec quels moyens? Autant d’interrogations sur lesquelles les scientifiques, médecins ou bien chercheurs, se penchent depuis plusieurs années. En ce début d’année 2009, tous les regards sont tournés vers la publication d’une des plus grandes études épidémiologiques jamais réalisées : l’étude Interphone.

Des résultats scientifiques attendus…

Qu’est censé apporter de plus l’étude Interphone(1) par rapport à tous les projets précédents? Une plus grande puissance statistique dans ses résultats, sur une plus longue période, de plusieurs milliers de cas à travers le monde. On attend d’Interphone une plus grande clarté de l’influence réelle du téléphone portable sur ses utilisateurs en tenant compte de leur fréquence et surtout de la durée en années d’utilisation de l’appareil.

Cette étude, dite de type cas-témoin, vise à comparer une population de personnes malades (cas) à une population saine (témoin) en considérant un facteur de risque, prédéfini, dans le but ultime de voir si ce même facteur (ici l’exposition au téléphone portable) peut être associé à la maladie ou pas.

Le projet Interphone, débuté en 2000, avait donc pour objectif de mettre en lumière une possible relation entre l’usage du téléphone portable et le développement de tumeurs. Les tissus les plus exposés aux champs radiofréquences (RF) des mobiles, à savoir la tête et le cou, pourraient développer des gliomes (tumeur maligne du cerveau), des méningiomes et neurinomes de l’acoustique (tumeurs bénignes) ainsi que des tumeurs de la glande parotide (tumeur salivaire maligne). Il s’agit, à ce jour, de la plus grande étude épidémiologique jamais conduite sur ce sujet puisqu’elle regroupe les données recueillies auprès de 14 000 personnes à travers treize pays (France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Danemark, Suède, Norvège, Finlande, Canada, Japon, Nouvelle-Zélande, Australie, Israël(2)).

« Une première partie des résultats d’Interphone a été publiée dans les quatre dernières années mais ces résultats nationaux ont été jugés non significatifs car trop isolés » nous confie le Dr. Annie Sasco, médecin et épidémiologiste à l’ISPED(3) de Bordeaux. Le fait qu’une partie des financements d’Interphone provienne des opérateurs téléphoniques, attise forcément la polémique. Une chose est certaine selon Isabelle Lagroye, Maître de conférences et membre du Laboratoire de bioélectromagnétisme de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) et du Laboratoire de l’Intégration du Matériau au Système du CNRS, « c’est que le retard persistant pour la publication des résultats finaux d’Interphone est source d’inquiétude et de spéculations ». Il semble cependant raisonnable, selon elle, de considérer que les résultats finaux seront proches de ceux d’une étude de Lhakola et al.(4) donnant les résultats de cinq pays sur les 13 impliqués dans Interphone.

Les risques réels occasionnés par la téléphonie mobile sont donc, à ce jour, discutables, mais selon Annie Sasco « il y a suffisamment de données pour mettre en évidence un effet, chez les utilisateurs de longue durée, qui justifie pleinement la mise en œuvre du principe de précaution » et ainsi éviter la mise en garde tardive comme celle contre l’amiante, le traitement hormonal substitutif de la ménopause et même l’alcool ou encore le tabac! »

Cependant Isabelle Lagroye tient à nous rappeler « que le principe de précaution est lié à l’incertitude scientifique, s’il y avait des éléments probants d’une dangerosité, on parlerait de prévention du risque… »

L’appel à la précaution, enfin entendu!

La véritable prise de conscience s’est opérée le 15 juin 2008, avec l’appel lancé par vingt-et-un experts internationaux(5). Ces derniers étaient rassemblés par le Dr. David Servan-Schreiber pour faire le point sur les dangers occasionnés par l’utilisation du téléphone portable et en informer la population, y compris les plus jeunes. « En effet cette initiative est novatrice car c’est le premier appel réunissant médecins et chercheurs sur le sujet » s’enthousiasme Annie Sasco, qui n’est autre que la co-auteure de cet appel et qui est également à la tête de l’équipe d’épidémiologie pour la Prévention du Cancer (Inserm) à l’Université Bordeaux II.

Cependant la nocivité du portable est une question sur laquelle nous nous penchons depuis quelques temps. « En effet ce n’est pas le tout premier document car d’autres interrogations sur le sujet avaient été prises en compte et reconnues par un certain nombre de grandes instances gouvernementales telles que l’Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail (AFSSET anciennement AFSSE) ainsi qu’en Allemagne et au Royaume-Uni » lance-t-elle.

Deux avis successifs ont été émis par l’AFSSET en 2003 et 2005(6), demandant le principe de précaution pour l’utilisation du téléphone portable « lesquels n’ont pas ou peu été repris par les médias contrairement à l’appel des 21, très médiatisé » regrette Isabelle Lagroye. Les raisons justifiant le principe étaient à l’époque l’attente des résultats de l’étude Interphone et ceux d’un laboratoire Suédois qui montraient des altérations de la barrière hémato – encéphalique chez le rat. « Aujourd’hui on attend toujours les résultats d’Interphone dans leur globalité » souligne Isabelle Lagroye. Elle nous fait cependant remarquer que le cas Suédois a perdu de sa pertinence car la liste des laboratoires montrant des résultats différents ne fait que s’allonger…

La vigilance pour les plus jeunes

En l’absence de preuves absolues et d’un manque de données attestant de la nocivité des ondes RF émises par les téléphones portables et de leur caractère cancérogène, une liste de recommandations(7) est communiquée aux utilisateurs, y compris les plus jeunes, qu’ils soient sains ou déjà atteints d’un cancer.

Le but est de maximiser la distance entre l’utilisateur et l’appareil par l’éloignement du téléphone et ceci par l’oreillette “oui…mais filaire! Car le but est de réduire la conduction des champs électromagnétiques vers l’humain” nous confie le Dr. Sasco “Privilégier le mode texte, est une autre méthode permettant de réduire notre exposition aux ondes en termes de durée et de distance” conseille-t-elle.

Il est logique que la distance entre l’appareil au contact de l’oreille et l’intérieur de la “machinerie cérébrale” varie suivant la taille de la boîte crânienne. Plus le crâne sera petit, en particulier chez les enfants et plus le risque que les champs électromagnétiques, pénétrant dans le corps humain, touchent des structures cérébrales sensibles sera grand (cf Figure 1. Source Appel des 20 experts internationaux concernant l’utilisation des téléphones portables)

Un besoin de recherches plus poussées

« L’effort de recherche a été majeur depuis 1999, dans le cadre de projets nationaux et internationaux notamment la Communauté européenne » (cf Interphone, PerformA, Cemfec, etc…) affirme Isabelle Lagroye. « Les grandes études chez l’animal n’ont pas montré d’effet sur le cancer » selon elle. Cependant Annie Sasco souligne le fait que trop peu d’études ont été menées sur l’animal avec des doses d’exposition adaptées et pertinentes. Quelques projets à une échelle moindre sont à venir dont « des recherches financées par la Fondation santé et radiofréquences, par l’ANR, et un appel à projet européen sur l’exposition à différentes sources de RF et leurs effets biologiques » nous annonce Isabelle Lagroye.

En attendant la sortie de la globalité des résultats de l’étude Interphone, la précaution semble être de rigueur. On sait que les champs électromagnétiques agissent à distance, « tout ce qui est biologique est donc touché, cellules humaines comme animales et végétales” affirme » le Dr. Sasco. « Le but n’est pas d’interdire mais de sensibiliser à la fois la population et les opérateurs! » Cette citoyenne engagée s’offusque de la difficulté qu’elle a rencontrée pour remplacer son oreillette filaire précédemment perdue.

La téléphonie mobile a connu une grande amélioration ces 20 dernières années avec des appareils aux multiples fonctions (Bluetooth, Internet, Wifi, etc.), de plus en plus performants mais peut-être plus dangereux? En attendant de savoir si nous sommes devant une future crise sanitaire, un conseil: pour éviter « un coup de chaud » au cerveau, tous à vos oreillettes… avec fil!

Pour les intéressés : Calculer et réduire les impacts environnementaux de son téléphone portable
http://www.ademe.fr/internet/telephone-portable/Site-web/index.html Notes

(1) Elisabeth Cardis et al. The INTERPHONE study: design, epidemiological methods, and description of the study population. Eur J Epidemiol (2007) 22:647–664
(2) Treize pays participants de l’étude Interphone: France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Danemark, Suède, Norvège, Finlande, Canada, Japon, Nouvelle-Zélande, Australie, Israël
(3) ISPED: Institut de Santé Publique, d’Epidémiologie et de Développement
(4) Anna Lahkola et al. Mobile phone use and risk of glioma in 5 North European countries. Int. J. Cancer: 120, 1769–1775 (2007)
(5) APPEL_DES_20.pdf
(6) rapport-telephonie_mobile_avril05.pdf
avis_AFSSE_juin2005_fr%20.pdf
(7) Les dix recommandations. JDD Dimanche 15 Juin 2008

MEMO : Les dix recomandations

– N’autorisez pas les enfants de moins de 12 ans à utiliser un téléphone portable sauf en cas d’urgence.

– Lors des communications, maintenir le téléphone à plus de 1 mètre du corps. Utilisez le mode haut-parleur, ou un kit mains libres, ou une oreillette Bluetooth

– Restez à plus de 1 mètre de distance d’une personne en communication, et évitez d’utiliser votre téléphone dans des lieux comme le métro, le train ou le bus.

– Evitez le plus possible de porter un téléphone mobile sur vous, même en veille. Ne pas le laisser à proximité de votre corps la nuit, ou alors le mettre en mode « avion » ou « hors ligne/off line » qui a l’effet de couper les émissions électromagnétiques.

– Si vous devez le porter sur vous, assurez-vous que la face « clavier » soit dirigée vers votre corps et la face « antenne » (puissance maximale du champ) vers l’extérieur.

– Utilisez votre téléphone portable pour établir le contact ou pour des conversations de quelques minutes

– Quand vous utilisez votre téléphone portable, changez de côté régulièrement, et avant de mettre le téléphone portable contre l’oreille, attendez que votre correspondant ait décroché.

– Evitez d’utiliser le portable lorsque la force du signal est faible ou lors de déplacements rapides comme en voiture ou en train.

– Communiquez par SMS plutôt que par téléphone (limite la durée d’exposition et la proximité du corps).

– Choisissez un appareil avec le DAS (débit d’absorption spécifique qui mesure la puissance absorbée par le corps) le plus bas possible.

http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200824/les-dix recommandations_125642.html

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