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L’économie française au tournant de la modernité

Publié le 1 novembre, 2006 | Pas de commentaires
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C’est connu, l’économie française traîne de la patte depuis quelques années. On la dit sclérosée. À la veille de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy affirme que la France connaît une certaine reprise économique. Qu’en est-il vraiment? La faible croissance économique du pays est notamment attribuable au déficit structurel de sa production. Quelles solutions y apporter? La France doit pallier ce problème en redynamisant son commerce extérieur. Pour ce faire, le développement des nouvelles technologies s’impose.

 Avebloor Ichor-plasma
Trevor Haldenby, Avebloor Ichor-plasma , 2006
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Futur candidat à l’élection présidentielle française pour le parti de l’Union pour un Mouvement populaire, Nicolas Sarkozy constate une certaine reprise économique en France. Le successeur potentiel de Jacques Chirac demeure néanmoins prudent: il admet que certains problèmes d’ordre économique persistent depuis l’héritage des socialistes au pouvoir (1).

Avec un taux de chômage avoisinant les 10% (22% pour les jeunes de moins de 25 ans [2]), la France peut-elle réellement parler de reprise économique? Comment expliquer cette situation qui perdure depuis plus de 30 ans? Quel avenir économique entrevoir pour la France?

L’économie française

Malgré que la France ait connu une croissance exceptionnelle au 2e trimestre de 2006, sa santé économique, à long terme, reste mitigée étant donné les fluctuations importantes qui s’observent d’une année à l’autre(3). À titre d’exemple, le solde du commerce extérieur constitue un bon indicateur de la santé économique d’un pays, car un solde positif contribue à la croissance du produit intérieur brut (PIB). Or, en 2005, la France a connu un déficit de 16,3 milliards d’euros pour l’ensemble de ses échanges extérieurs alors qu’elle avait connu un excédent de 28,6 milliards en 1999(4).

La baisse constante des exportations par rapport aux importations peut s’expliquer, en partie, par l’inflation importante que connaît la France. En effet, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 13,71% depuis 1998(5). La France éprouve des difficultés particulièrement au plan de la production industrielle et de biens de consommation. Les produits français ne sont pas compétitifs sur le marché international et ils ne le sont pas davantage au niveau local. Autrement dit, il coûte plus cher d’acheter français.

En ce qui concerne le PIB du pays, la situation est moins catastrophique. En 2004, il a gagné 2,3%, comparativement à 1,2% en 2002. Il tend ainsi à rejoindre de celui des ses partenaires européens et connaît même une croissance supérieure à la moyenne. Or, pour 2004, la croissance du PIB français demeure inférieure à la croissance mondiale, qui se chiffre à 4,5%. Cet écart s’explique notamment par la forte influence des pays asiatiques émergents dont la croissance a alors atteint 6,7%. À titre comparatif, pour la même année, l’Europe des quinze a obtenu une croissance de 2,1 % (1 % pour l’Allemagne). Quant aux États-Unis et au Royaume-Uni, ils ont respectivement gagné 4,4% et 3,1%(6).

Sans compromettre l’optimisme de Sarkozy, ces chiffres tendent à démontrer que l’économie actuelle de la France ne connaît pas de redressement significatif comparativement aux trente dernières années.

Entre tradition et innovation

La stagnation économique de la France est directement associée à la structure de production du pays. L’agriculture et les produits agro-alimentaires demeurent aujourd’hui les fers de lance de la stratégie économique du pays. Le développement de l’aéronautique a, certes, permis au pays de corriger légèrement son déficit structurel. Néanmoins, la prédominance des produits de l’agriculture contribue à entretenir le retard structurel de la République à l’égard des autres pays industriels. Au surplus, la France doit faire face à la concurrence des pays en voie de développement qui produisent et vendent les produits agricoles moins chers. C’est pourquoi la France défend contre vents et marées la Politique agricole commune de l’Union européenne qui lui assure un certain débouché pour ses produits.

La France tarde à se moderniser. Si le pays a développé le secteur des services, il reste que ce secteur s’exporte difficilement. Pour assurer l’avenir économique de la République, Sarkozy pourrait miser sur le secteur des services financiers en favorisant l’investissement, les PME et la privatisation. Si les socialistes entraient au pouvoir, bien que ce parti de gauche soit plus modéré qu’auparavant, la donne serait autre. En dénonçant la privatisation de Gaz de France (7) par le parti de droite, les socialistes annoncent néanmoins quelques couleurs.

Quel avenir économique pour la France?

Parce qu’elle a un problème économique structurel, la France doit nécessairement réformer sa stratégie au plan du commerce mondial. En tant que pays industriel, elle ne peut plus compter sur l’apport des produits agro-alimentaires: ce secteur n’est plus concurrentiel pour la France. Comment pallier ce problème? Développer le secteur des nanotechnologies, lequel est en pleine croissance, est une piste de solution. Une chose est sûre, la France devra développer les nouvelles technologies pour demeurer dans la course d’un commerce international de plus en plus dynamique.

Notes

(1) En effet, sous la présidence du socialiste François Mitterrand (1981-1995), des solutions dites sociales ont été adoptées pour remonter la pente après la crise économique des années 1970-1980. Constatant l’échec de ces solutions, les socialistes ont alors adopté des solutions néolibérales dès 1983. Or ces mesures n’ont pas suffi à ramener la santé économique du pays.
(2) INSEE. Tableau résumé: Chômage au sens du BIT (données corrigées des variations saisonnières, en fin de mois. [En ligne]. 1 page. <http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_conj/indconj_frame.asp?ind_id=16>. Consulté le 2 octobre 2006.
(3) Pour des questions pratiques, ce portrait n’est pas exhaustif. Seuls le commerce extérieur, l’inflation et la croissance du PIB sont analysés.
(4) INSEE. 1.505 Solde extérieur par produit à prix courants. [En ligne]. 1 page. <http://www.insee.fr/fr/indicateur/cnat_annu/base_
2000/principaux_resultats/htm/t_1505.htm
>. Consulté le 5 octobre 2006.
(5) INSEE. Indice des prix à la consommation: France entière, base 100 en 1998 parution au Journal Officiel non communiquée. [En ligne]. 1 page. <http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_cons/indic_cons.asp>. Consulté le 2 octobre 2006.
(6) Toutes les statistiques de ce paragraphe sont tirées de: INSEE. Taux de croissance du PIB en volume dans quelques pays du monde (évolution en moyenne annuelle en %). [En ligne]. 2 pages. <http://www.insee.fr/fr/ffc/chifcle_fiche.asp?tab_id=119>. Consulté le 2 octobre 2006.
(7) Parti socialiste. Les socialistes contre la privatisation de Gaz de France. [En ligne]. <www.parti-socialiste.fr/tiki-index.php> Consulté le 2 octobre 2006.

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