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La malaria : ou en sommes-nous ?

Publié le 15 mars, 2008 | Pas de commentaires
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Malgré l’existence d’une multitude de vaccins ou médicaments, il reste certaines maladies contre lesquelles les traitements restent insuffisants. Un des exemples les plus connus est la malaria ou paludisme. La communauté scientifique éprouve nombre de difficultés à combattre cette maladie, et ce, quelque soit l’approche utilisée. À travers le monde, les chercheurs essaient de trouver un vaccin efficace mais à ce jour personne n’a permis de trouver une solution à ce fléau.


sarah naegels, 2008
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Afin de fuir la saison hivernale le temps d’un voyage, les pays tropicaux représentent des destinations considérablement prisées. Or à ces latitudes, on peut être exposé à des maladies graves et incurables comme la malaria, ou le paludisme. Cette atteinte est causée par un parasite microscopique appelé Plasmodium. Il est véhiculé jusque dans nos veines suite à la piqûre d’un moustique, l’anophèle. Il existe plusieurs souches de paludisme, chacune causant des symptômes de différentes gravités. La souche la plus répandue représente environ 80 % des infections et n’entraîne que des périodes de fièvres, sans malaise. Cependant une autre souche plus virulente cause chaque année 1 à 3 millions de morts dans le monde. Il est à noter que 100 à 300 millions de nouveaux cas de paludisme sont diagnostiqués chaque année1. Ce parasite ne se retrouve pas seulement en Afrique ou en Asie du Sud-Est, il prolifère aussi dans certaines régions d’Amérique comme au Mexique, au Costa Rica et en République Dominicaine, des pays touristiques très populaires2.

Un combat difficile

Les chercheurs ont mis au point des médicaments permettant de limiter la multiplication du parasite dans notre organisme. Mais l’un des problèmes rencontrés est l’apparition d’une résistance à ces molécules. D’ailleurs la majeure partie des souches de paludisme est devenue résistante aux médicaments courants. En effet, les parasites s’adaptent à ces molécules qui leur sont toxiques. Ainsi, logiquement, ce sont les médicament les plus utilisés, étant donné leur faible coût, pour lesquels les parasites développent le plus vite ces résistances. Tel est le cas de la chloroquine. De plus, ce parasite commence à être résistant aux traitements plus récents comme la combinaison de deux molécules, la sulfadoxine et la pyriméthamine 3-4. Comme cette épidémie est surtout présente dans les pays en voie de développement, les médications de dernière génération, les seules réellement efficaces, sont souvent inabordables pour les populations locales. Donc afin de trouver des médicaments à moindre coût, les gens se tournent vers le marché noir. Ceci aggrave d’autant plus la résistance du parasite à ces médicaments car la plupart du temps les médicaments contrefaits sont de piètre qualité donc peu efficaces5. Le dosage des molécules contenues dans ces médicaments est si faible qu’aucun effet bénéfique n’est observé lors de la prise des ceux-ci. De plus ce mauvais dosage est aussi responsable de l’augmentation des chances que le parasite devienne résistant à cette molécule.

Une autre solution envisagée pour lutter contre le paludisme a été une réduction importante du vecteur de cette maladie : l’anophèle. Hélas cette piste c’est avérée peu fructueuse et a même apporter de nouveaux problèmes pour les populations locales. Le principal insecticide utilisé, le Dichloro-Diphenyl-Trichloroethane (DDT), est un insecticide de synthèse (insecticide chimique). Il a mené à l’apparition de nombreux effets secondaires sur l’environnement suite à son accumulation dans la nature et dans la chaîne alimentaire6. Et son rôle de destruction des anophèles a échoué suite à l’apparition d’insectes résistants. Pire encore, cet insecticide est cancérogène et cause des problèmes de stérilité7. Aujourd’hui seuls les pays en voie de développement autorisent encore son utilisation vu son faible coût.

Les nouvelles pistes

En 2006, la compagnie GlaxoSmithKline Biologicals testait un vaccin contre le paludisme en phase clinique. Ces scientifiques ont réussi à réduire les épisodes de fièvres et les autres symptômes chez les personnes atteintes de la forme sévère et de la forme bénigne8. Ce vaccin est le seul depuis de nombreuses années à se rendre aussi loin dans les phases cliniques et à susciter autant d’espoir. Toutefois, son utilisation ne se fait pas encore à grande échelle puisque les tests cliniques ne sont pas encore terminés.

Une solution de remplacement à l’utilisation des insecticides de synthèse nocifs pour l’environnement est l’utilisation d’un micro-organisme, le bacille de Thuringe (Bacillus thuringiensis israelensis ou Bti). Cette bactérie a une action larvicide chez les anophèles. L’épandage de Bti sur les plans d’eau où se retrouvent les larves contribue à une diminution des populations d’anophèles et par conséquent de la transmission du paludisme chez les populations utilisant cet insecticide9-10.

Comme aucun moyen efficace de protection et d’élimination de cette maladie n’existe en ce moment, il est essentiel de poursuivre la recherche afin de bien comprendre les mécanismes d’action du parasite sur l’être humain. La connaissance des mécanismes d’action pourra engendrer la création de traitements ou d’un vaccin qui permettrait d’éradiquer cette maladie. Une lueur d’espoir existe tout de même: les touristes, comme les populations autochtones, sont touchés par cette maladie. Ceux-ci peuvent donc constituer la raison monnayable pour les grandes compagnies pharmaceutiques de se pencher sur le problème et de trouver un remède fiable à cette maladie.

Notes (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)

1. SUH, N Katnryn et autres, «Malaria», Canadian Medical Association Journal 170 (11, mai-2004), p.1693-97.
2. Centers for disease Control and Prevention, CDC Traveler’s Health. [En ligne] 7 pages. <http://wwwn.cdc.gov/travel/destinationList.aspx#T>. Consulté le 8 décembre 2007.
3. World Health Organization, Drugs resistance: Malaria. [En ligne] 2 pages. <http://www.who.int/drugresistance/malaria/en/index.html> Consulté le 9 décembre 2007.
4. Centers for disease Control and Prevention, Drugs resistance. [En ligne] 2 pages. <http://www.cdc.gov/malaria/drug_resistance.htm> Consulté le 7 décembre 2007
5. Organisation Mondiale de la Santé, L’épidémie silencieuse des contrefaçons de médicaments. [En ligne] 2 pages. <http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2006/pr09/fr/> Consulté le 10 décembre 2007.
6. Fortier Mélanie et autres, Le Bacille de Thuringe: un insecticide pas comme les autres, Montréal, FICSUM, été 2000, p.40-41
7. COHN, A Barbara et autres, «DDT and Breast Cancer in Young Women: New Data on the Significance of Age at Exposure», Environmental Health Perspectives 115 (Octobre 2007), p.1406-14
8. Scientific American, Malaria, [En ligne] 2 pages. <http://www.sciam.com/article.cfm?articleID=72AA8555-E7F2-99DF 3184D005B882427F> Consulté le 10 décembre 2007.
9. Opération Moustique, La lute anti-moustique. [En ligne] 5 pages. <http://www.operation-moustique.eu/fiches/fiche10.pdf> consulté le 5 février 2008.
10. Réseau Biocontrôle, Le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti): utilisation et acceptation d’un biopesticide. [En ligne] 4 pages. <http://www.biocontrol.ca/francais/start_f.html> consulté le 5 février 2008

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