Le Panoptique

Perspectives sur les enjeux contemporains | More Perspective on Current International Issues

Maladie du sommeil: drame pour l’Afrique

Publié le 1 août, 2008 | Pas de commentaires
Par

Télécharger l'article au format PDF

Aujourd’hui, plusieurs maladies sévissent en Afrique tandis qu’elles sont plus rares, voire inexistantes, dans le reste du monde. Certaines d’entre elles sont mortelles comme la fièvre Ébola, la fièvre de Lassa ou le SIDA. Généralement la communication autour de celles-ci, qui fait appel aux traitements préventifs ou à l’adoption d’un comportement sécuritaire, est suffisante. Cependant, certaines maladies un peu plus anecdotiques peuvent être mésestimées. La Trypanosomiase africaine ou plus communément appelée la maladie du sommeil en fait partie. Or, depuis les années 1990, elle connait une résurgence.

Tse Tse Fly inside the Safari Truck Window
David Dennis, Tse Tse Fly
inside the Safari Truck Window
, 2007
Certains droits réservés.

Certaines des maladies les plus communes, come le VIH/SIDA, le paludisme, les hépatites et la méningite, sont connues du public, et les voyageurs sont bien informés sur les précautions à prendre lors de leur voyage dans les pays concernés. Avant de se rendre sur le continent africain, le voyageur prend généralement les précautions sanitaires adaptées afin de se prémunir contre les risques de contracter une maladie. En revanche, certaines maladies sont moins bien connues et moins d’information est disponible sur celles-ci, en raison d’une plus faible incidence et d’une moins grande répartition géographique. La maladie du sommeil est assz célèbre grâce à la fameuse mouche tsé-tsé, mais l’information pour s’en prémunir demeure insuffisante1.

Épidémiologie

La maladie du sommeil se retrouve principalement en Afrique noire subsaharienne, avec quelques rares cas à l’extérieur de l’Afrique. Elle est causée par un parasite du genre Trypanosoma brucei, comme Trypanosoma b. gambiense (Afrique de l’Ouest) ou Trypanosoma b. rhodiesense (Afrique de l’Est)qui sont responsables de 90% et de 10% des cas respectivement 1. La victime est infectée après une piqure de la mouche tsé-tsé (ou glossine) qui lui injecte le parasite dont elle est la vectrice. Il y aurait entre 300,000 et 500,000 cas d’infections par an en Afrique, alors que seulement environ 50 cas sont diagnostiqués chaque année à l’extérieur de l’Afrique 2-3. La maladie du sommeil ne fait aucune discrimination, toutes les personnes se trouvant dans un lieu où la maladie est présente peuvent être infectées. La trypanosomiase africaine humaine se retrouve généralement dans les zones rurales reculées où les systèmes de santé sont déficients, voire inexistants, et où sévit la pauvreté. Le déplacement de populations, la guerre et la pauvreté sont d’importants facteurs favorisant une transmission accrue 4. Aujourd’hui, un million de personnes réparties dans 36 pays sont considérées comme potentiellement à risque d’une atteinte de la trypanosomiase africaine.

Symptômes et mécanisme de défense

Cette infection cause des fièvres, des éruptions cutanées, des œdèmes autour des yeux et aux mains, une céphalée aiguë, une fatigue extrême, des œdèmes aux ganglions lymphatiques et des douleurs articulaires et musculaires. L’apparition des symptômes peut survenir quelques mois jusqu’à quelques années après l’infection. Si la maladie demeure non traitée, on observe une atteinte du système nerveux central qui conduira à des troubles de l’élocution et à des difficultés à marcher, d’où son nom de maladie du sommeil. Dans le pire des cas, la maladie peut progresser jusqu’au décès 3-4.

Le parasite se multiplie dans le sang pendant que le système immunitaire essaye d’enrailler l’infection. Les anticorps produits par l’hôte réussissent à éliminer une certaine proportion des trypanosomes, mais le parasite a aussi un moyen de défense qui consiste en la variation des antigènes présents à la surface du parasite. Les anticorps produits par l’hôte ne reconnaissent donc plus leur cible et ne peuvent plus éliminer le trypanosome, qui, de son côté, déjoue ainsi le système immunitaire, et poursuit son infection 5.

Plusieurs traitements sont maintenant disponibles afin de combattre cette maladie, mais ils ne sont efficaces que lorsqu’ils sont utilisés très tôt après l’apparition des symptômes. Quatre médicaments sont actuellement utilisés, soit le pentamidine, la suramine, le mélarsoprol et l’eflornithine. Cela dit, dans certains foyers d’infection, notamment en Afrique centrale, on observe une résistance au mélarsoprol depuis quelques années.

Prévention et contrôle de la maladie

Comme aucun vaccin n’existe pour prévenir la Trypanosomiase africaine, il est important de prendre certaines préventions lors de voyage dans les zones à risque. Il est donc conseillé de porter des vêtements longs et épais afin de bien se protéger contre les insectes ainsi que d’utiliser une moustiquaire imprégnée d’insecticide 6. La prévention et le contrôle de la maladie se focalisent sur l’éradication de l’hôte parasitaire, la mouche tsé-tsé. Deux stratégies ont été employées alternativement afin de réduire les cas de trypanosomiase africaine. L’une d’elles est principalement médicale et consiste en l’utilisation de traitement et en la surveillance pour réduire le nombre de malades et d’animaux porteur. Comme la maladie ne touche pas seulement les humains, mais bien tous les mammifères, il est primordial de cibler toutes les espèces pouvant être touchées, afin de réduire le risque de propagation. La deuxième stratégie est principalement entomologique et consiste en la perturbation du cycle de vie de la mouche afin d’en réduire le nombre 2.

Dans les années 1990, une recrudescence de la maladie avait été observée. Aujourd’hui, grâce à la prévention et aux différents partenariats qui ont été créés, comme celui entre l’OMS et certaines compagnies pharmaceutiques, on observe une inversion de cette tendance, qui s’était dessinée 15 ans plus tôt. Il est donc essentiel de continuer dans cette voie afin de réussir à contrer ce problème de santé publique.

Notes (cliquez sur le numéro de la note pour revenir au texte)

1. Laveissière, Claude et PENCHENIER Laurent, Maladie du sommeil. [en ligne] consulté le 20 avril 2008.
2. WHO, Strategic direction for research. [en ligne] http://www.who.int/tdr/diseases/tryp/direction.htm#Refs consulté le 19 avril 2008.
3. GOLDSBY Richard A. et autres, Immunology. New York, W.H. Freeman and company, 2003, page 402-404.
4. WHO, Trypanosomiase africaine (maladie du sommeil). [en ligne] http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs259/fr/ consulté le 20 avril 2008.
5. JANEWAY Jr, Charles A et autres, Immunobiology, the immune system in health and disease. New York, Garland Science Publishing, 2005, page 464.
6. Agence de la santé publique du Canada, Trypanosomiase africaine ou maladie du sommeil [en ligne] consulté le 20 avril 2008.

Creative Commons License
Cet article est publié sous un contrat Creative Commons.

Commentaires

Répondre